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Le blog de Jean-Claude JOSEPH

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jcj
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CONTRIBUTION PERSONNELLE
SUR
LE SYSTEME DE PROTECTION SOCIALE ET SANITAIRE
EN FRANCE.
(Réflexions critiques et synthèse de propositions : 2009-2013-2021)
Docteur Jean-Claude JOSEPH

www.jcjos.com


Contribution personnelle
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SOMMAIRE
Introduction
I. Rappels
1. Historique
2. La loi du 13 août 2004
3. A propos des différents systèmes en UE
II. Quelques constats vécus en pratique quotidienne
1. Lors de la formation initiale
2. La médecine générale : un choix évident !
3. La non prise en compte du vase communicant
4. La dérive insidieuse vers un autre système de protection sanitaire
5. Le glissement progressif de la classe moyenne vers moins de soins
III. Réflexions
1. Un déficit ?
2. Regarder par l’autre bout de la lorgnette
3. La protection sociale et sanitaire : mission régalienne ou simple gestion ?
4. Faut-il comparer notre système avec d’autres et notamment ceux existant dans l’UE ?
IV. Quelques expressions de propositions
A. A. Gouvernance
1. Principe
2. Du rôle de l’Etat
3. De la révision du statut de la Sécurité Sociale
4. Inscription dans la Constitution
Contribution personnelle
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B. De l’organisation du Système de distribution des Soins
1. Charpente
2. Evaluation des besoins
3. Articulation entre le système hospitalier et extra hospitalier.
4. A propos des médecins
Conclusion
Annexes
Articles divers blog www.jcjos.com
Contribution personnelle
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Introduction
A un moment donné de son existence, il semble bien qu’il n’est plus possible d’accepter ce qui se passe, ce qui est : Cette chape de plomb qui tombe sur notre pays, confinant au silence le peuple sous couvert in fine du célèbre « panem et circenses », l’empêchant aussi de comprendre les subtilités d’une langue qui n’est plus comprise. Les sachants ne transmettant plus aux non sachants mais les laissant dans l’ignorance.
Le monde avance. La France se regarde dans son miroir. Le sens de l’écrit se perd au profit d’une oralité. L’esprit critique se meurt faute d’une prise de hauteur sur l’évènement, d’une mise en oeuvre d’une réflexion à tête reposée. Les réactions de nos concitoyens fusent pourtant mais dans le cadre d’une réactivité au travers des réseaux sociaux. Cela devrait faire réagir comme tant d’autres choses ! Mais l’indignation seule ne peut être une action, juste une réaction.
Les instruits doivent éclairer la scène afin de permettre à chacun des françaises et français d’exercer aussi leur sens critique afin d’asseoir leur choix et permettre l’action de progrès et ainsi le maintien de la Démocratie Sociale.
Mon engagement politique, associatif, professionnel depuis mes dix-sept ans est tout tourné vers ce progrès pour que demain soit mieux qu’hier.
Contribution personnelle
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I. Rappels
1. Historique
Le principe de solidarité a toujours été une marque fondamentale de l’être humain. Sans doute est-ce lié à la notion même de survie du groupe ! (la survivance !)
On peut ainsi dénombrer divers systèmes : solidarité familiale, charité, assistance, solidarité restreinte au sein de corporations.
En France l’aide médicale gratuite sera instituée par la loi du 15 juillet 1893.
Avant-guerre la France bénéficie d’un système de protection basé sur les assurances sociales.
En 1945, va se mettre en place le système de la Sécurité Sociale sous l’impulsion de Pierre Laroque (CNR) de telle façon que puissent être mises en oeuvre l’unité de la sécurité sociale, la généralisation des assurés, et l’extension des risques couverts.
« EXPOSÉ DES MOTIFS DE L'ORDONNANCE DU 4 OCTOBRE 1945 (extraits) »
" La sécurité sociale est la garantie donnée à chacun qu'en toutes circonstances il disposera des moyens nécessaires pour assurer sa subsistance et celle de sa famille dans des conditions décentes. Trouvant sa justification dans un souci élémentaire de justice sociale, elle répond à la préoccupation de débarrasser les travailleurs de l'incertitude du lendemain, de cette incertitude constante qui crée chez eux un sentiment d'infériorité et qui est la base réelle et profonde de la distinction des classes entre les possédants sûrs d'eux-mêmes et de leur avenir et les travailleurs sur qui pèse, à tout moment, la menace de la misère. "
" Envisagée sous cet angle, la sécurité sociale appelle l'aménagement d'une vaste organisation nationale d'entraide obligatoire qui ne peut atteindre sa pleine efficacité que si elle présente un caractère de très grande généralité à la fois quant aux personnes qu'elle englobe et quant aux risques qu'elle couvre. Le but final à atteindre est la réalisation d'un plan qui couvre l'ensemble de la population du pays contre l'ensemble des facteurs d'insécurité ; un tel résultat ne s'obtiendra qu'au prix de longues années d'efforts persévérants, mais ce qu'il est possible de faire aujourd'hui, c'est d'organiser le cadre dans lequel se réalisera progressivement ce plan. ".
Il faudra des années avant qu’ait lieu la généralisation de la sécurité sociale à toute la population avec notamment la loi du 12 juillet 1977 (Tous les résidents sur le territoire français bénéficient des mêmes prestations familiales, la branche famille du régime général est universelle et concerne l’ensemble de la population), le plan dit Juppé de 1995 (Loi du 22 février 1996 réformant la Constitution de la Vème République afin de créer une nouvelle catégorie de lois, les lois de financement de la sécurité sociale (LFSS), gages de l’association de la représentation nationale à la détermination de l’équilibre financier de la Sécurité sociale. et la mise en place de la couverture maladie universelle par la loi du 27 juillet 1999.
Si la principale source du financement de la sécurité sociale était basée sur les cotisations assises sur la masse salariale, force est de constater que d’autres moyens de financement dont la contribution sociale généralisée se sont mis en place depuis les années 90. Dans l’esprit des rédacteurs de la loi instaurant la CSG, celle-ci devait progressivement se substituer aux cotisations de telle sorte qu’un
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point d’augmentation de la CSG devait entraîner une baisse de cotisations. On a d’ailleurs qualifié cette contribution d’impôt social.
Concernant le financement il faut noter que le « reste à charge » depuis les années 80 n’a cessé d’augmenter pour atteindre depuis 2007 avec la loi instaurant les franchises médicales un niveau que je qualifierai de seuil vers un système dont l’esprit est contraire à celui qui a prévalu à la création de la sécurité sociale.
En effet le système dit de répartition à la française n’est pas, comme dans les pays anglo-saxons, un système basé sur la richesse de l’un vers la pauvreté de l’autre ou proprement assurantiel, mais un système bien singulier de telle sorte que les biens portants cotisent pour les souffrants, les jeunes vers les vieux, les personnes qui travaillent vers celles qui à un moment de leur vie ont perdu leur emploi.
Cette analyse est le coeur même de ma réflexion et de mon engagement politique et professionnel.
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2. La loi du 13 août 2004
Le slogan qui avait prévalu lors de l’élaboration de cette loi était en quelque sorte le suivant :
« Dépenser mieux pour mieux soigner ! »
Or c’est toute la gouvernance de la sécurité sociale qui a été modifiée et cela sans en informer les principaux intéressés que peuvent et devraient être les assurés sociaux.
C’est ainsi qu’avant même que la loi soit promulguée, l’UNCAM était créée et son directeur nommé en conseil des ministres (comme cela l’est désormais pour l’audiovisuel public). Il était alors curieux de constater que dans leur parcours antérieur, et le nouveau directeur de l’UNCAM et celui qui allait être le prochain ministre des affaires sociales, avaient travaillé au sein du même groupe assurantiel (AXA).
La loi instaurait alors un bon usage du parcours dit de soins en instaurant l’obligation pour l’assuré de déclarer un médecin dit traitant sous peine de sanctions financières. Il faut rappeler que de nombreux recours ont été déposés en conseil d’Etat (tous rendus caducs de par la promulgation de la loi), pour signifier que déclaration ne pouvait signifier contrat et que les sanctions ne pouvaient être légales. Ce problème est toujours posé.
Ainsi par cette loi, un nouveau mode de la distribution des soins devait être mis en place, Mais sans les outils nécessaires cela a rendu cette loi inopérante et n’a réglé en rien le fameux déficit de la sécurité sociale à défaut de parler de celui de l’assurance maladie telle quelle. (cf. Rapport de la Cour des Comptes 2012)
3. Le financement des différents systèmes de santé des pays de l’Union Européenne.
Belgique:
Part de la gestion globale: cotisation globale, subvention globale de l'Etat, financement alternatif (T.V.A.) en fonction des besoins.
Danemark:
Financées par l'impôt.
Allemagne:
Cotisation.
Grèce:
Cotisation.et Financement tripartite (salarié, employeur, Etat) pour les nouveaux assurés à partir du 1.1.1993.
Espagne:
Financées par l'impôt.
France:
Cotisations et impôts.
Irlande:
Cotisation et intervention de l'Etat, si requis.
Islande:
Financées par l'impôt.
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Italie:
Cotisations.
Liechtenstein:
Cotisations, participation de l'assuré et subventions de l'Etat.
Luxembourg:
Cotisations et intervention de l'Etat.
Pays-Bas:
indemnités de maladie: Cotisations (salariés, employeurs et indépendants). dépenses médicales exceptionnelles) (risques graves): Cotisations (tous les résidents).
Norvège:
Impôt et cotisations.
Autriche:
Soins de santé (sauf hôpitaux): cotisations et autres sources (par ex. participation de l'assuré). Hôpitaux: cotisation et intervention de l'Etat.
Portugal:
Financées par l'impôt.
Suisse:
Primes (cotisations) et participation de l'assuré.
Finlande:
Soins de santé : Financement par les autorités locales.
L'Etat paye une subvention générale aux municipalités.
Suède:
Le secteur de la santé publique est géré et financé par les autorités régionales
Royaume-Uni:
Les services dispensés par le Service National de Santé (National Heath Service) sont financés par l'Etat et (dans une moindre mesure) par les cotisations.
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II. Quelques constats vécus en pratique quotidienne
1. Lors de la formation initiale
Il m’est toujours apparu curieux que l’on sélectionnât les futurs médecins en fin de première année de médecine. Que de camarades de première année laissés sur le tapis à cause de ce numerus clausus de fin de première année. Qui entend encore leurs pleurs, leurs désillusions et leur frustration qui persiste et persistera jusqu’à la fin de leur vie ?
Pourquoi ne pas revenir à la notion d’Ecole de Médecine comme ce fut longtemps le cas ?
Ainsi un concours serait institué à l’issue du baccalauréat voire de classes préparatoires comme cela est d’ailleurs le cas pour les écoles de vétérinaires.
Cette conception de sélection en amont du cursus permettrait ainsi un ajustement plus fin des besoins en médecins et aurait sans doute évité la pénurie des médecins que nous connaissons et connaîtrons avec plus d’acuité encore dans les prochaines années.
Il me revient quand étant président de la COMERLY (Coordination des Médicaux de la Région de Lyon) et vice-président, porte-parole de la coordination nationale des médecins dans les années 90, j’entendais avec effroi l’argumentaire fallacieux de l’expert Alain MINC qui pour résoudre le problème des dépenses grandissantes n’avait de cesse de dire : « il faut supprimer 10 000 médecins et 100 000 lits d’hôpitaux ». Cette antienne de l’expert auto proclamé était hélas reprise par tous les responsables politiques et décideurs que j’ai pu rencontrer alors, qu’ils soient de droite ou de gauche. Il me revient encore que le seul document que j’avais à la main pour rencontrer ces personnalités politiques était l’image de la pyramide des âges de la population française ! Tout y était déjà inscrit !
Baby-Papy Boom !
Ainsi si l’on veut réguler avec plus de finesse la démographie médicale, il faut sans conteste revoir le mode de sélection et instaurer un concours d’entrée aux études médicales comme cela est le cas pour les grandes écoles d’ingénieurs ou autres.
Cette disposition permettrait aussi à chaque étudiant de ne pas se sentir victime d’avoir été reçu et expulsé de ce qu’il avait un jour rêvé de devenir et d’être.
2. La médecine générale : un choix évident !
Comme beaucoup de mes confrères, j’ai toujours voulu servir l’autre. Mes lectures sublimaient ce sentiment profond et notamment ce magnifique ouvrage : « les hommes en blanc ». Ce « métier » que je me suis choisi enfant était si évident que je n’avais douté une seconde de réussir, même lorsque j’ai dû redoubler ma première année de médecine et quitter momentanément le service de santé des armées. (ESSA Lyon 76).
Pris dans la réforme de l’internat, je fis partie de la dernière génération à pouvoir étudier une spécialité par ce que l’on nommait les CES (qui étaient accessibles à tout médecin y compris ceux ayant plusieurs années d’exercice de médecine générale). J’ai donc passé une spécialité de rhumatologie approfondie par la suite d’un DIU de gériatrie.
Au cours de remplacements, j’ai juste compris que je ne pouvais être un médecin d’organe.
Je me suis donc installé comme généraliste, seule façon pour moi d’être Médecin, « celui qui ne guérit pas toujours, qui soulage souvent mais qui réconforte toujours » !

Cela étant, je pense qu’il faudrait revenir à cette possibilité pour les généralistes de se spécialiser après quelques années comme c’était le cas autrefois.
Ne se poserait plus cette étrangeté réitérée depuis quelques années lors du concours de l’internat, où faute d’avoir pu être suffisamment classé pour choisir une spécialité, tel ou tel redouble son année, et où le nombre de postes d’internes en médecine générale non pourvu va crescendo.
Ainsi plutôt que d’opposer médecine de spécialité à médecine générale, j’oppose au médecin d’organe, le médecin qui accompagne un être souffrant durant un moment donné.
3. A propos de ce que l’on appelle de manière impropre les « déserts médicaux »
Première réalité !
- l'étude INSEE 2012 sur laquelle il convient de se fonder (et non sur des impressions) montre que tout citoyen de France est à 15 mn d'un médecin et à 20 mn d'un kiné ou autre professionnel de santé (source : insee 2012)
Deuxième réalité :
Il y a plus de médecins formés mais moins d'installation en libéral !
Et parmi ces jeunes formés nombre préfèrent exercer sous forme salariée. Plus de temps libre, bien payés.. Ainsi et cela me parait choquant nombreux sont les nouveaux médecins qui passent le concours de médecin conseil de l’assurance-maladie dès leur sortie.. et auront le travail de contrôler des confrères libéraux alors qu'eux même n'ont pas cette expérience.
Troisième réalité
La féminisation de la profession : à partir de 2020 il y aura près de 80% de la profession qui sera de sexe féminin.
Sans faire quelque différence sur le genre, je dirais simplement que la priorité en terme professionnel des femmes n'est pas la même que celle des hommes et donc la femme pour prioriser sur sa progéniture dans son rôle de protection - simple rappel de la physio-sociologie humaine depuis la nuit des temps.
Cette vision permet de comprendre que plusieurs femmes s'associent et ne travaillent que deux ou trois jours par semaine se rendant de fait moins disponibles.
Tandis que l'homme lui ne va pas hésiter à travailler 12h par jour... sa priorité étant le travail !
Quatrième réalité
L'effet 35h... En effet, filles et garçons d’aujourd’hui ont le désir de ne pas tout mettre dans l'exercice professionnel et donc avoir une qualité de vie identique à celles et ceux qu'ils ont à soigner d’où ce qui est entendu trop souvent : « je ne prends pas de nouveaux patients »
Cinquième réalité
La qualité de vie !
Pourquoi demanderait-on aux médecins d'aller se perdre dans des régions où effectivement il y a eu désertification mais surtout désertification des services publics, des commerces etc...
Évoquons ainsi la désertification ou l'exode rural.
Les médecins n’ont-ils le droit à avoir pour leurs enfants et eux-mêmes une certaine qualité de vie ? Pourquoi in fine les obligerait-on à aller là où les services publics se désengagent ? Pourquoi les obligerait-on à envoyer faute d’établissements scolaires, leurs enfants en pension ?

Cinquième réalité et non des moindres :

Depuis la réforme fiscale sous Hollande : travailler plus implique avoir moins de reste à ivre : Les comptables ont l'habitude de conseiller à leurs clients de ne pas travailler plus dès qu'ils ont atteint un plafond. Sinon on change de tranche et le travailler plus signifie en avoir moins dans la poche. Une réforme fiscale équitable s'impose !

Sixième réalité :
Force est de constater que dans les grandes villes en sus de ce qui est évoqué supra, l’installation en libéral ne peut se faire comme autrefois, id est appartement simple transformé en cabinet, loyers en ville (Paris, Lyon en particulier) excessifs, mis en place des nouvelles normes au titre des ERP , incitation au regroupement grâce des primes (jusqu’à 36000 euros) sur des centres (CSPT) qui ressembleront peu ou prou aux anciens dispensaires et où seuls les dossiers seront traités avec la fin du colloque singulier qui unissait par le seule confiance le patient et son médecin qu’on nommait médecin de famille.
En lisant attentivement le rapport parlementaire à ce sujet, il est très étonnant que ne soient jamais abordés ces deux facteurs de non-disponibilité du soignant : Féminisation et Désertification rurale.


4. La non prise en compte du vase communicant
Il est quand même étonnant que dans la réflexion sur le système de distribution de soins ne soit pas pris en compte le principal intéressé. Comme dans le domaine de l’Education Nationale, j’ai le sentiment en fait qu’au coeur du système ne se trouvent, non pas l’élève ou le malade, mais bel et bien les effecteurs !
Ainsi coexistent deux mondes régis par des textes distincts et gérés par des organes différents.
Un secteur hospitalier avec sa loi hospitalière et sa tutelle gouvernementale et un secteur dit de ville, mais extrahospitalier avec sa convention médicale et la tutelle de l’UNCAM.
Mais comment ne pas prendre en compte la trajectoire naturelle d’un malade ? N’est-il pas évident qu’il « consomme » des deux secteurs !
Où se trouve l’articulation entre ces deux secteurs ? La réponse n’existe toujours pas y compris dans la loi dite HPST ou la loi dite Touraine.
Ainsi par cette façon de procéder il n’est pas possible de réguler l’offre de soins, de coordonner les efforts de chacun des acteurs au seul bénéfice du malade et d’assurer la continuité efficace des soins.
5. la dérive insidieuse vers un autre système de protection sanitaire
Avec beaucoup de subtilité lors du premier septennat du président Mitterrand et sous l’égide de Monsieur Bérégovoy, est apparu pour la première fois le concept de franchise. En effet, pour la première fois l’assurance maladie se désengageait du remboursement d’une dépense. Cette dépense fut appelée au départ « forfait hôtelier » afin de montrer qu’il ne s’agissait pas de soins, mais d’une prestation, effectivement celle de l’hébergement et du repas servi au malade et qu’il n’était pas sot de différencier ces deux aspects. Sauf qu’à l’époque les frais étaient comptabilisés en prix de journée incluant tant les dépenses de soins que d’hébergement. L’assuré payait donc deux fois la même chose !
Il me faut rappeler dans cette dérive insidieuse, la démarche de Monsieur Balladur qui lors de sa campagne pour l’élection présidentielle en 1994-95, déclarait qu’il « nous faudrait à l’avenir avoir à côté de l’assurance maladie obligatoire et l’assurance maladie complémentaire (les mutuelles), une assurance supplémentaire afin disait-il de gérer le gros risque par les unes et le petit risque par l’autre. »
C’est ainsi que sans surprise aucune mais avec colère, je pris acte des propos du candidat à la présidentielle (ancien directeur de campagne du candidat Balladur) en novembre 2006, devenu depuis président de la République.

« Pourquoi ne pourrait-on pas considérer l’assurance maladie comme une assurance automobile et mettre en place ainsi des franchises ? Après tout il y a le mot assurance, non ? »
Je fus de ceux qui participèrent au soutien et la diffusion de la pétition contre les franchises dites médicales (avec les Docteurs Christian Lehman et Martin Winckler, tous deux écrivains reconnus par ailleurs) … sans grand succès hélas, personne ne voulant voir plus loin que le bout de son nez !
Voici comment j’expliquais et explique encore cette dérive et le risque de voir notre système se transformer en simple système assurantiel à la mode helvétique (cf. supra tableau des financements des autres pays).
AMO : Assurance-Maladie Obligatoire
AMC : Assurance-Maladie Complémentaire (mutuelles)
AMS : Assurance Maladie Supplémentaire
Avant !
AMO (70%)
AMC (30%)
Maintenant !
En effet la subtilité du système est qu’il est empêché à l’AMC de couvrir ce qui n’est plus pris en charge par l’AMO. Cela implique que ce que l’on appelle le Reste à Charge de l’assuré est de plus en plus grand et que in fine, une porte est bien ouverte aux assurances privées qui ne couvriront que ce « petit risque » si habilement évoqué par M Balladur dans les années 93-95. Cela sera donc la nécessité pour l’assuré de souscrire une assurance maladie supplémentaire (AMS) !
D’ailleurs il suffit de constater le nombre de groupes d’assurances qui se sont mis en état de proposer des assurances santé avec plus ou moins de bonne foi !!!
5. Le glissement progressif de la classe moyenne vers le « moins de soins ».
Depuis une dizaine d’années, je ne peux que constater un glissement de la classe moyenne vers moins de soins, ou plutôt vers un retard à l’accès aux soins. En effet, il ne m’est plus rare de voir des pathologies évoluées et ce, parfois dramatiquement (cancer des poumons, thyroïde, mésothéliome pris à un stade tardif),
Ce retard à la consultation s’explique aisément par ce reste à charge qui ne cesse d’augmenter.
Ce retard est surtout objectivé dans la classe moyenne, malgré l’adhésion à une mutuelle qui rappelons ne couvre dans sa définition qu’à hauteur des tarifs de la sécurité sociale.
Les classes aisées en général se dotent d’une « mutuelle – assurance » couvrant les dépassements et les classes pauvres sont bénéficiaires de la couverture maladie universelle.
On mesure bien là le fardeau que doit supporter la classe moyenne y compris dans l’accès aux soins.
Classe moyenne qui contribue chaque fois de ses euros à la solidarité mais qui n’en peut plus elle-même !
AMO (part de plus en plus réduite)
AMC (même niveau par obligation gouvernementale)
Reste A Charge
??? => AMS !

III. REFLEXIONS
1. Un déficit ?
Chaque année, les chiffres du déficit de la Sécurité Sociale sont rendus publics et donnent le tournis ! Cette année le chiffre de 17 milliards d’euros est annoncé. On peut toutefois noter qu’il s’agit du chiffre global portant sur les 4 branches, mais l’amalgame est toujours de mise. Car cela permettra sans remords d’asséner encore une fois des mesures d’ordre comptable pour « sauver la sécu ».
Il se trouve que la structuration de la sécurité sociale n’a pas changé depuis sa création. En effet la principale source du financement reste les cotisations assises sur le salaire donc sur le travail. Or depuis les grandes lois sociales prises d’abord sous le septennat de M. Valéry Giscard d’Estaing, permettant aux ayants droits de bénéficier de la couverture sociale, le nombre d’assurés a été en profonde augmentation, jusqu’aux lois dites Juppé où chacun des habitants de France peut désormais prétendre à une couverture sociale, y compris les plus démunis par le biais de la Couverture Maladie Universelle (CMU) ou l’Aide Médicale d’Etat (AME).
Le déficit est donc structurel !
Comment est-il possible de penser corriger ce déficit structurel par des mesures plutôt comptables qui aboutissent in fine à augmenter les inégalités d’accès aux soins ? Or n’est-ce pas ce que nous voyons depuis la trentaine de plans dits de sauvetage de la Sécurité Sociale ?
Michel Rocard dans sa conception de la CSG avait pensé mettre un terme à l’assise des recettes sur le travail. La commission Marceau Long avait proposé un budget social basé sur l’impôt qui pourrait être naturellement la CSG.
Cela n’a pas été suivi d’effet. Dans quel but ?
Il me semble plausible de penser que ce déficit est réfléchi et utilisé sciemment afin de permettre l’ouverture vers un autre système. Pour étayer cela, je me rappelle la précipitation du groupe AGF avant même la promulgation des franchises avec la mise en action de son contrat « avantage ».
Alors quelle est donc la réalité de ce déficit ? le but poursuivi ?
2. Regarder par l’autre bout de la lorgnette !
Dans toute ma réflexion, n’ayant pas de qualité ni de compétence en économie, je me suis toujours efforcé de regarder les choses à ma seule place qui est celle d’un soignant. Ainsi, je ne peux que considérer la trajectoire du malade ou du demandeur de soins. Je ne peux de la même manière que considérer ce qui a prévalu à la singularité de notre système de protection sanitaire et sociale qui dans le domaine de la santé est une solidarité du bien portant au malade.
Nous sommes aujourd’hui dans un contexte où la demande de soins a fait place à la demande de santé.
Cela est-il possible quand on continue à parler d’assurance-maladie ? Or ne faut-il pas considérer la santé comme un tout et en particulier selon la définition de l’OMS, comme un état de bien être tant physique que moral et social voire environnemental ?
Et si nous abordions cette réflexion sous l’angle de celui qui doit en être bénéficiaire afin de dessiner les contours d’une organisation qui vise à permettre cet état de bien être ? Partir du besoin en santé et non en soins pour évoquer son nécessaire financement ?
Partir du besoin de santé exprimé par le citoyen pour organiser un système de distribution plus adapté ?
Cela ne signifie-t-il pas alors de tout remettre à plat et de prendre acte de notre désir d’aspirer à une meilleure santé et de permettre alors à la prévention primaire dans son acception littérale de s’exercer ? Or n’est-il pas juste de dire que l’acte de prévention en lui-même ne peut être pris en charge vu qu’il ne peut par définition être couvert par une assurance maladie qui ne prend en charge que le critère maladie. (itération volontaire !)
Si on prend ce pari là, ne donne-t-on pas aussi toutes ses chances à la médecine dite générale d’être la charpente du système de santé ?
Cela ne signifie-t-il pas alors de donner une définition claire à cet exercice ? En effet, il suffit d’interroger autour de soi et de demander quelle définition donner à la médecine générale. Invariablement la réponse tournera autour de ce que fait son propre médecin généraliste, appelé désormais et stupidement médecin traitant.
Or comme je l’ai dit précédemment, je me veux être un médecin qui accompagne une personne durant une période donnée de sa vie, qui guérit parfois, soulage souvent et réconforte toujours.
Cette incapacité pour chacune des personnes interrogées de donner une définition commune à l’exercice de la médecine générale est bien significative, n’est-ce pas ?
3. La protection sociale et sanitaire : mission régalienne ou simple gestion ?
Si l’on veut regarder par l’autre bout de la lorgnette, et partir de l’aspiration de chacun d’entre nous à être et vivre en bonne santé selon la définition de l’OMS, il faut avoir le courage de poser cette question simple.
La protection sanitaire et sociale est-elle une mission régalienne de l’Etat, au même titre que la transmission des savoirs ou alors n’est-elle que simple affaire de gestion entre l’offre (le panier de soins) et le besoin ressenti ?
Il faut bien noter que depuis trente ans, seule la notion du panier de soins a été mise en avant. Et que malgré tout ce qui a pu être dit et clamé au sujet de la non-volonté politique de pratiquer une maîtrise comptable des dépenses de santé (maladie ?), par l’utilisation impropre de l’expression « maîtrise médicalisée », seule une notion comptable a prévalu dans la réflexion. Au lieu de vouloir soigner des enfants, des femmes et des hommes, il ne s’est agi que de soigner des colonnes de chiffres.
Bien sûr, le parlement a été associé à la discussion et a désormais pour mission de fixer un objectif national des dépenses d’assurance maladie, mais est-ce suffisant en terme de clarification des rôles de la gouvernance ? Qui fait quoi ?
Quel est le rôle défini aujourd’hui à l’Etat dans la protection sanitaire et sociale ? Quel est celui de l’UNCAM ?
Quel sens est donné au dialogue entre chacune des parties qui autrefois « pilotaient » la sécurité sociale ? Où est la notion « salariés – patronat » ? Quel est le sens donné à la convention médicale quand celle-ci est définie dans un cadre déjà fixé par la loi ?
Mais en même temps où est la responsabilité réelle de l’Etat quand celui-ci se défausse sur les organismes de gestion de la sécurité sociale ?
Alors qui fait quoi ?
Alors peut-on encore tolérer un pareil embrouillamini où personne ne sait qui est responsable de quoi, qui pilote vraiment l’avion ?
Personnellement, je crois qu’il revient à un Etat de protéger ses citoyens et leur permettre d’aspirer à une existence en santé. Cela signifie pour moi qu’il convient d’arrêter de raisonner en simple gestionnaire mais à exercer du sens politique réel.
Quel dessein avons-nous dans le domaine de la santé ?
Je considère ainsi que cette mission de protection revient à l’Etat et signifie alors qu’il s’agit d’une mission régalienne au même titre que peut l’être l’éducation nationale ou plutôt celui de la transmission des savoirs et de l’instruction publique.
Peut-on poser cette question de savoir si la mission de protéger chacun d’entre nous en termes de Santé est une mission régalienne ou une simple affaire de gestion ?
4. Faut-il comparer notre système de santé avec d’autres et notamment avec ceux existant dans l’Union Européenne ?
Le tableau présenté ci avant montre les différents modes de financement des divers systèmes de santé existant au niveau de l’UE. On peut constater que certains pays pratiquent l’impôt, d’autres les cotisations ou la mise en œuvre de système assurantiel pur pour ne pas dire d’ordre privé.
Mais quelle est la philosophie qui anime en termes de protection les autres pays ? Ne peut-on pas dire en fait que tous ces pays se ressemblent par la notion du risque assuré et financé soit par l’impôt ou la cotisation ou la prime d’assurance ?
Quelle a été notre philosophie à l’origine de notre système de protection sociale et sanitaire ?
La répartition ? Mais de quoi ? Surtout pas de l’épaisseur du portefeuille des uns et des autres. Pierre Laroque avait eu cette vision humaniste de sortir l’argent du débat !
Peut-on garder cette utopie de sortir l’argent de ce débat ?
Je crois vraiment que cela est possible et même nécessaire.
Il me semble ainsi que parce que notre système est singulier et basé sur cette solidarité du bien portant au malade, de celui qui a un travail vers celui qui n’en a pas, du jeune vers l’âgé, nous ne pouvons nous comparer aux autres systèmes existants. Je crois aussi que le projet amorcé outre-atlantique essaie de reprendre cette philosophie définie par Pierre Laroque (Obama Care). Une autre vision de la répartition !

IV. Quelques expressions de propositions.
Au travers de ma vision particulière, de ma réflexion au travers de mon œil de soignant, mais aussi de mon éducation reçue, de mon engagement politique, au sein du Mouvement démocrate en remontant à mon adhésion au Centre des Démocrates Sociaux, hériter des idées de Pierre Laroque ancien président du Centre National de la Résistance et à l’origine de la loi créant la Sécurité Sociale avec le principe de répartition, je peux aborder quelque expression de propositions afin d’apporter de la matière au débat sur ce sujet de prime importance.
A. Gouvernance
1. Principe
Le principe de la répartition tel que défini par Pierre Laroque lors de la création de la Sécurité Sociale doit être préservé et être prémuni de toute tentative d’intrusion de la notion d’argent et de profit.
Comme a été introduit le principe de précaution dans la Constitution Française, il convient de faire entrer dans celle-ci la vision singulière de la répartition à la française s’agissant de protection sociale et sanitaire.
2. Du rôle de l’Etat
Il est confié à l’Etat la mission régalienne de protéger chacun de ses enfants et de leur permettre d’aspirer à plus de santé selon la définition de l’OMS, cela au même titre que la transmission des savoirs et l’instruction ou de la défense du territoire.
3. De la révision du statut de la Sécurité Sociale
C’est ainsi que la Sécurité sociale ne peut bénéficier du statut d’organisme public de gestion privée mais devient appartenant d’Etat. Le paritarisme invoqué n’étant de fait plus de mise, les postures des uns et des autres disparaissent de fait et les responsabilités apparaissent clairement aux yeux de chacun des citoyens.
Cela veut donc dire que l’on fait désormais renter dans le budget de la nation, celui de la sécurité sociale. Le déficit artificiellement créé disparaît ainsi de par cette définition.
4. Inscription dans la Constitution
Afin d’asseoir cette mission régalienne et le principe de répartition tel qu’évoqué supra il est mis en place un référendum pour modifier la Constitution et inscrire cela, comme cela a été fait lors de l’inscription du principe de précaution.
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B. Organisation du système de distribution des soins
1. Charpente
En partant du principal intéressé, l’organisation du système de distribution des soins est revue dans un cadre d’ordre public. Liberté à ceux ne voulant pas y entrer de faire comme bon leur semble, selon toutefois les éléments actualisés de la Science, mais sans aide de l’Etat.
La charpente de ce système devient naturellement la médecine générale qui est alors définie comme un exercice d’accompagnement d’un assuré au cours d’une période donnée, librement consentie et basé sur la confiance réciproque. Cette mission est définie selon des rôles de premier recours, de coordination et de continuité des soins.
Cette mission prend en compte outre les éléments d’ordre purement thérapeutique afférents à la maladie, les éléments de prévention qu’ils soient d’ordre primaire (éducation et conseil) et secondaire (dépistage).
2. Evaluation des besoins
Il est confié à chacune des régions dont le format sera revu pour être homogène (selon les principes de la subsidiarité et de la péréquation des ressources), l’évaluation régulière des besoins de la population au travers des ORS (Observatoires Régionaux de la Santé). A cet égard, un débat devra s’engager sur la notion d’efficience et revoir la notion de « concentration » des services de soins qui est contraire à l’esprit de proximité donc d’égalité des chances devant l’accès aux soins.
3. Articulation entre le système hospitalier et extra hospitalier.
De par la mission régalienne, l’articulation entre le système hospitalier et extrahospitalier apparaît comme par enchantement.
En effet, chacune des deux parties du vase communicant qu’utilise le citoyen dans son besoin de santé a un rôle clairement défini et la coordination est naturelle, voire implicite.
Une seule loi commande ces deux parties !
Une seule loi définit les rôles et les missions de chacun des acteurs du système de santé
4. A propos des médecins
C’est ainsi que l’exercice du soignant devient une mission de service public. Chacun des acteurs a un vrai cahier des charges à respecter avec une évaluation qui est induite dans la formation dite continue.
Il y a aujourd’hui un problème lié à la démographie médicale (féminisation avec un exercice en libéral différent car non exclusif, « déserts médicaux » de par le non-désir de s’installer en libéral alors que le nombre de médecins formés a augmenté !). Cette mission de service public avec un exercice rénové permettra de prendre en compte ces évolutions.

Ainsi afin d’assurer l’efficience du système il faut garder le lien principal entre le médecin et le souffrant. Ce lien s’appelle la confiance. Aussi il me semble dangereux de vouloir adopter des systèmes concentrationnaires (maison médicale pluridisciplinaire ou maison de santé) où le contact relationnel serait considérablement dilué, car on s’occuperait davantage de dossiers que de malades.
De même on constate cette tendance concentrationnaire au niveau des établissements de santé. (Regroupement des structures en de grands établissements mais volontairement excentrés, l’exemple de la ville de Lyon est à ce sujet très significatif).
Cet éloignement des structures de soins ne permet plus de garantir une égalité d’accès aux soins. Les exemples sont nombreux dans les retards d’accès et leurs conséquences létales quant aux prises en charge des infarctus (Thierry Gilardi) ou des accouchements. Ne peut-on pas imaginer des antennes techniques de proximité ?
Il ne s’agirait pas d’augmenter l’offre de soins car elle serait inscrite dans le schéma rénové de l’organisation mais d’améliorer le recours aux soins et donc de diminuer les inégalités d’accès.
Concernant la rémunération des médecins dans ce cadre public, il convient de séparer le médecin accompagnant de celui qui intervient en deuxième intention.
Le paiement à l’acte peut se concevoir pour la seconde catégorie mais concernant le médecin accompagnant il est logique de revoir le mode de rémunération et de mettre en place une forfaitisation par personne accompagnée (passage vers une capitation revisitée à la française).
Enfin et cela entre dans le caractère de la régulation et de l’évaluation des besoins, il me semble nécessaire de revoir le mode d’entrée dans le cursus universitaire des futurs médecins.
Plutôt que d’asseoir la sélection en fin de première année du premier cycle des études médicales, ne vaudrait-il pas mieux sachant qu’une formation dure 10 ans en moyenne, faire cette sélection en amont via un concours d’entrée.
Je considère que l’idée d’université n’a pas de sens dans cette formation mais à l’instar des écoles d’ingénieurs ou de l’art vétérinaire, il faut avoir le courage de reparler d’Ecole de médecine et de la remettre en place.
Ainsi un concours d’entrée aux Ecoles de Médecine serait proposé aux bacheliers ou mieux après un cursus préparatoire aux grandes écoles à l’instar des écoles d’ingénieur et même de l’Art vétérinaire.
Par cette révolution, on se donnerait les moyens d’agir de manière prévisionnelle sur la démographie et faire en sorte de ne pas être pris au dépourvu.
On permettrait aussi à ceux qui n’y intégreraient pas de ne plus subir tout au long de leur vie la frustration et le sentiment d’injustice quand ils ont été « reçus collés ».

En résumé :
Il s’agit donc de faire une réforme en profondeur avec la mise à plat du « mille-feuilles » de la sécurité sociale.
1. Un seul régime pour tous d’ordre public (il n’est plus possible à mon sens de conserver des régimes spécifiques comme celui des gaziers, des mines, du port autonome de Bordeaux etc…) avec fusion de tous les régimes.
2. Une seule loi pour l’ensemble du système de distribution des soins pour bien prendre en compte la trajectoire du malade t de l’assuré t non les intérêts des effecteurs.
3. Pour ce faire il conviendra d’abroger la loi du 13 aout 2004 et celle dite HPST, la loi portant la mise en place des franchises médicales (processus qui ne correspond pas au principe de la répartition), de revoir l’organisation opaque de l’UNCAM et faire que les médecins de la sécurité sociale soient d’abord des médecins conseils plus que des contrôleurs administratifs
4. S’agissant de la pérennité de la répartition à la française (bien portant au souffrant) s’assurer par référendum de la volonté des citoyens français.
5. Mise en place d’école de médecine en lieu et place de l’université
6. Paiement forfaitaire pour la médecine générale (fin du paiement à l’acte et sortir l’argent du colloque singulier)
7. Formation continue obligatoire au travers d’une passerelle permanente avec la faculté
8. Assurance de la permanence des soins avec la mise en place du meilleur outil choisi et défini par les médecins de garde de chaque secteur. (maison médicale ou régulation libérale, etc..)
9. Liste de proposition non exhaustive mais alléger la charge administrative et notamment la multitude de papiers inutiles et redondants pour justifier quoique ce soit


CONCLUSION
Toute ma réflexion s’est faite sur la vision que j’ai du système en restant à ma place de soignant et sur ma fidélité à la singularité du principe de répartition imaginée par Pierre Laroque.
Parce que je sais d’où je viens et quelle fût l’idée même de notre système de protection sociale et sanitaire, je sais où je veux aller. Tel est l’objectif de cette synthèse.
Je pense aussi qu’il faut savoir rêver et se proposer de montrer l’intérêt que l’on porte aux enfants, aux femmes, aux hommes, nos concitoyens qui font ce que nous devons être, une société de cohésion.
Bien sûr il ne s’agit pas d’une analyse chiffrée ou de propositions clé en mains mais d’idées rêvées mais toutefois possibles à condition d’en avoir le courage et d’éclairer les enjeux.
Ne dit-on pas que l’art de la politique est l’art de faire rêver ?
Alors pourquoi ne pas offrir ce rêve à nos concitoyens afin de leur permettre d’évoluer en Santé tout au long de leur vie.et faire en sorte que demain soit mieux qu’hier ?
A Lyon 2013-2021
Jean-Claude JOSEPH
Médecin

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Mesdames et messieurs adhérents du "Parti Les Républicains,

Je vous adresse ce message avant que nous ne fassiez votre choix !

En effet, je n'oublie pas que sous le gouvernement Raffarin III, fut promulguée la loi dite du 13 aout 2004 qui a été le "primum movens" du démantèlement de notre système de distribution des soins avec son corollaire que fût la convention dite médicale déjà inscrite dans la loi !

Jusqu’alors il y avait une négociation paritaire entre syndicats des salariés - patronat et syndicats médicaux pour définir la convention médicale et après accord entre les parties, la loi venait valider cette nouvelle convention.

Désormais le gouvernement décidait d’abord et les syndicats médicaux ne pouvaient qu’accepter puisque subventionnés si déclarés représentatifs !!

De fait par cette loi du 13 aout, toute l'organisation de notre système de santé a été entre les seules mains du gouvernement via l'UNCAM. Le futur directeur nommé en conseil des ministres, Van_Roekeghem était depuis mars 2004 le directeur de cabinet du ministre de la Santé et de la protection sociale (Douste Blazy) et avait été un temps directeur au sein du groupe AXA, tout comme Xavier Bertrand passé par axa, nommé Secrétaire d'État à l'Assurance maladie.

Notons que M. Van_Roekeghem  resta en fonction jusqu’en 2014 (cocasse pour ce président élu en 2012 qui assénait « le changement c’est maintenant ! »)

Ce monsieur candidat à cette élection interne aux républicains peut dire tout le contraire de ce qu'il a contribué à détruire avec sa nouvelle façon doucereuse de parler.

Cette convention portée par la loi de 2004 sous son autorité a mis en place le parcours dit de soin, avec la mise en place du médecin traitant que je nomme volontiers médecin traitant administré, avant de pouvoir consulter un spécialiste. On pourrait dire que c'était bien comme idée mais cela s'est toujours fait naturellement et sous le seul sceau de la confiance entre le souffrant et le « médecin de famille », de même le patient savait pouvoir compter sur son petit docteur pour l’orienter efficacement.

En fait, avec cette histoire, le seul but était de rembourser moins en cas de non-respect du parcours de soins. Qui est capable de décrypter aujourd’hui son décompte assurance maladie ?

Rendue encore plus injuste avec les franchises dites médicales mises en place sous le gouvernement Fillon qui pénalisent le malade financièrement puisqu’il est malade (0.50 euros sur chaque boite, 1 euro si examen biologique etc...) En effet en cas de non-respect de ce parcours l’assuré est bien moins remboursé à 30% au lieu de 70, et la mutuelle n’étant pas autorisée à rembourser le différentiel ! Subtil mais très efficace dans l’opacité accrue de notre administration dite publique !

Xavier Bertrand qui se targue d’être près du peuple a augmenté par ses actes le Reste à Charge (RAC) des ménages induisant de fait la diminution de leur Reste à Vivre (id est ce qui reste dans la poche quant toutes les charges obligatoires et induites notamment par la dématérialisation et autres taxes diverses et variées dont de nombreuses se doublonnent).

Ce qui est important à considérer est justement ce Reste à Vivre et qu’on arrête d’évoquer cette notion macroéconomique qu’est le pouvoir d’achat !

Donc je n’oublie pas ce qui fut fait par Xavier Bertrand, et il me fallait juste éclairer la scène pour que vous,  électeurs LR fassiez un choix mesuré !

Pour en savoir plus sur les différentes réformes depuis 2004 jusqu'à 2015 !

http://www.jcjos.com/2015/02/un-projet-de-loi-sante-a-revoir.html )

Docteur Jean-Claude JOSEPH

Médecin de famille depuis 1987

Ancien président (89-91) de la coordination nationale des médecins crée en 1989

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Published by jcjos - La Santé : un droit pour tous !

 

Je l'espérais, Nous,  tous fans des Rolling Stones l'espérions !

L'annonce est désormais officielle. Les Stones reprennent la route et poursuivent la tournée américaine No Filter brutalement interrompue à cause de ce maudit virus.

Les dates sont déjà annoncées :

UPCOMING DATES
SEPTEMBER '21

26th The Dome at America’s Center ST. LOUIS, MO

30th Bank of America Stadium CHARLOTTE, NC

OCTOBER '21

4th Heinz Field PITTSBURGH, PA

9th Nissan Stadium NASHVILLE, TN

13th New Orleans Jazz Fest NEW ORLEANS, LA

17th SoFi Stadium LOS ANGELES, CA

24th U.S. Bank Stadium MINNEAPOLIS, MN

29th Raymond James Stadium TAMPA, FL

NOVEMBER '21

2nd Cotton Bowl Stadium DALLAS, TX

6th Allegiant Stadium LAS VEGAS, NV

11th Mercedes-Benz Stadium ATLANTA, GA

15th Ford Field DETROIT, MI

20th Circuit of The Americas AUSTIN, TX

 

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unzipped ! unzipped ?

ah les plus jeunes ne peuvent savoir ... je vais tâcher d'éclairere la scène !

 

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 Mardi 10 novembre 1970 !

« Françaises, Français, le général de Gaulle est mort, la France est veuve. En 1940, de Gaulle a sauvé l’honneur, en 1944, il nous a conduits à la Libération et à la victoire, en 1958, il nous a épargnés la guerre civile, il a donné à la France actuelle ses institutions, son indépendance, sa place dans le monde. En cette heure de deuil pour la Patrie, inclinons-nous devant la douleur de Mme de Gaulle, de ses enfants, de ses petits-enfants. Mesurons les devoirs que nous impose la reconnaissance. Promettons à la France de n’être pas indigne des leçons qui nous ont été dispensées et que, dans l’âme nationale, De Gaulle vive éternellement ». Georges Pompidou.

Mes parents pleurent !

Je ne saisis pas vraiment cette émotion ! Ils iront même à Colombey !

Mes parents sont franchement gaullistes (mon père est même adhérent de l’UDR !).

Mais chez moi, pour moi, de Gaulle est source de « malaise ».

Même si à cette époque je ne suis pas très versé en politique, ce personnage me met mal à l’aise.

Je sais déjà dans ces années que de Gaulle a servi Pétain, qu’il a donné le prénom du vainqueur de la bataille de la Marne à son fils Philippe, que ce maréchal en est également le parrain. Cela supposait une vraie affection non ?

Londres ? la Résistance ?

De gaulle avait sans doute su se montrer plus politique que militaire !

Je savais déjà le rôle immense joué par Churchill, éprouvant plus d’admiration vers le Vieux Lion !

Je savais éprouver plus d’admiration pour le général Leclerc et sa 2ème DB. Je passais régulièrement vers la Porte d’Orléans et avait regardé de très près ce monument érigé en l’honneur de ce grand militaire !

Et puis cette guerre d’Algérie que d’aucuns voulaient nommer les évènements.

Quelle incompréhension dans ce « Je vous ai compris ! ».

Espoir donné aux deux côtés sans qu’il ne soit le même ! Etincelle géniale du politique.

Et puis dès 1965, n’avais-je pas été troublé lors de cette campagne présidentielle où les « gaullistes » disaient « si Mitterrand passe, les soviétiques seront à Paris, et il n’y aura plus de télé ! ». C’est ce que j’entendais dans la cour de récréation. Les enfants ne rapportent-ils donc pas ce que leurs parents disent à la maison ?

Je n’ai pas connu les évènements de Mai 68. Nous avions quitté la France en Juin 1967. Et ma vie à Pondy retrouvée était celle d’un autre siècle. Une vie de confort absolu, d’insouciance vraie.

C’est à Pondy que j’ai commencé à jouer de la guitare !

C’est à Pondy que j’ai découvert le Rock and Roll.

C’est à Pondy que j’ai entendu pour la première fois les Rolling Stones !

Je n’ai découvert les soubresauts de Mai qu’à mon retour de l’Inde, discutant avec mes meilleurs camarades de classe et leurs parents. Ainsi Paris était encombré de poubelles non vidées ! Ainsi il y avait eu de grandes manifestations avec des barricades, des jets de pavé.

Et puis toute cette poésie délivrée par la jeunesse de Mai qui ornaient encore par endroit les murs. Il m’en revient quelques maximes :

« Faites l'amour pas la guerre !"

"Il est interdit d'interdire !"

"Sous les pavés, la plage »

« Jouir sans entrave »

Je dois dire que j’étais assez admiratif de la fougue de Dany le Rouge.  

C’est alors que je me disais que j’aurai bien aimé être plus âgé et participer pleinement à cette révolte.

 

Et puis je savais aussi que le Général avait quitté Paris lors de ces évènements vers Baden Baden pour rencontrer le célèbre général Massu. On dit même qu’il avait alors pensé à faire intervenir l’Armée ou s’assurer du soutien du Kremlin !!

Je ne me rappelle pas avoir vu les images de la télévision diffusées le 12 novembre.

Mais je me souviens très bien que ce jeudi-là, notre professeur principal, le professeur d’anglais Restier, nous fit mettre au garde à vous pour observer une minute de silence. L’atmosphère était devenue subitement lourde. Oui, quelqu’un de grand était mort ! Personne n’osait esquisser le moindre sourire ! Oui c’était très, très pesant !

Grâce à Paris-Match, j’ai pu voir les images en couleur de ce char transportant le cercueil du général. Très impressionnant !

La France est veuve !

Plus tard vers 72 -73 , je récupère (grâce à un des meilleurs camarades de classe dont le père travaille pour Charlie Hebdo) des magnifiques affiches en papier glacé (couvertures de Une) et si lourdes de sens !

J'en ris vraiment et encore aujourd'hui !

A cette époque, alors que nous habitions Athis-Mons, je partageais avec mon frère aîné la même chambre. Nous partagions aussi le même bureau ! Une règle pour séparer chacun des espaces et deux tiroirs chacun !

Et surtout chacun avait son mur !

Mon frère était plutôt Beatles ! Moi j’étais déjà Stones !

J’avais ainsi murement pensé la décoration de mon mur.

D’abord recouvert de papier alu légèrement froissé pour donner quelque relief, puis mes jolis posters (que je trouvais dans le regretté magazine Best) et affiches délicatement punaisés (Bowie en short ultra court, les Stones, les Who avec ces 2 affiches de Charlie Hebdo ! Et enfin le tout recouvert d’un plastique transparent de couleur bleue. J’avais confectionné à l’aide d’une boite de conserve un spot qui éclairait le tout !

Je garde toujours une certaine émotion en me rappelant de la beauté de cette décoration.

Très « Sex and Rock and Roll » et très politiquement incorrect !

cela ressemblait quelque peu à cela !

cela ressemblait quelque peu à cela !

Un jour alors que j'étais en Rhéto (1974) lors d'une permission (perm galette), je constate le saccage de mon mur si joliment décoré. Je suis atterré !

Tout a été arraché ! Sauvagement, très sauvagement même. Cà et là quelques lambeaux de mes affiches et posters restent encore accrochés  !

A mes questions, mon père hausse le ton !

Ma valise n’est pas encore défaite. Hop, sans un mot, je quitte la maison, triste et furieux, ma petite valise à la main! 

Direction gare Montparnasse vers La Flèche et mon havre de paix : le Bahut !

Je saurai plus tard par mon petit frère que mon père poussé par mon oncle, officier de l'Armée de l'Air, n'a su alors réprimer son courroux son hostilité de toujours au Rock and Roll.

Je n'ai jamais été gaulliste et d'ailleurs je ne sais même pas ce que cela signifie.

Une certaine idée de la France, comme le "je vous ai compris" ?

Ce qui me sidère toutefois est qu'aujourd'hui toutes les bonnes âmes politiques de l'extrême droite à l'extrême gauche se réclament du gaullisme ! C'est édifiant et tellement cocasse !

Oublié le "coup d'état permanent"

On évoque la stabilité de la constitution de la cinquième république ! Outil rédigé sur mesure aux grands habits du général.

Force est de constater que la mise en place du quinquennat par Jacques Chirac, héritier du grand homme, ne répond plus à l'esprit de cette constitution.

J'ai voté non à ce référendum, préférant de loin un septennat non renouvelable.

Je persiste à croire qu'il faudra bien y venir un jour !

Lyon ce 10-XI-2020

jcj

 

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Published by jcjos - Mon engagement politique

Je pense que nous avons le tort en France de considérer l’Islam au travers de notre prisme ou plutôt notre lorgnette judéo-chrétienne.

Il a fallu du temps pour que l’Eglise catholique accepte de rentrer dans la sphère privée.

N’a-t-elle pas dirigé l’état pendant des siècles ?

Rappelons-nous simplement du droit divin accordé à nos rois et de la nécessité d’être catholique. Rappelons-nous de la conversion de notre sacré Vert Galant et sa fameuse expression « Paris vaut bien une messe ».

Rappelons-nous aussi de la période concordataire qui organisa les cultes et notamment le culte israélite en créant un consistoire (sur le modèle de celui existant pour les protestants). Cela a été réalisé sous Napoléon en 1808 !

N’oublions pas également les titres religieux encore accordés au président de la république.

Outre recevoir le titre de chanoine d’honneur au cours d’une cérémonie dans la basilique Saint-Jean-de-Latran par le pape, il est également  chanoine honoraire des cathédrales de Saint-Jean-de-Maurienne, Saint-Julien du Mans, Saint-Maurice d’Angers, Saint-Jean de Lyon, Saint-Etienne de Cahors et Saint-Etienne de Chalons et des églises Saint-Hilaire de Poitiers, Saint-Martin de Tours et Saint-Germain-des-Prés, à Paris, et enfin proto-chanoine de la basilique Notre-Dame de Cléry et de la cathédrale d’Embrun.

C’est ainsi mais cela montre quand même bien que la lorgnette avec laquelle on regarde le culte musulman reste bien d’essence chrétienne voire essentiellement catholique.

Le catholicisme a été une religion conquérante avec cette funeste période de l’inquisition et ses conversions forcées (le sabre et le goupillon !). Et puis  comment ne pas penser au massacre affreux de la Saint Barthélémy. (Lire à ce sujet l’excellent livre de Jean Teulé : Charly 9).

  Français de confession musulmane vous avez le devoir d’agir !

Il n’est pas faux de dire que ces périodes troubles ont pu être effacées notamment par l’action de Napoléon et plus tard avec la loi de 1905.

Mais il se trouve ainsi que l’Islam est la seule à ce jour à être une religion de conquête.

Il se trouve aussi que par essence originelle comme d’ailleurs toute religion à leur début, l’islam vise à transformer une société en imposant des règles souvent drastiques. Les religions n’ont-elles toujours eu pour nature de vouloir régenter la vie des gens. La religion n’est-elle pas un moyen d’assurer un pouvoir politique ? Si les autres cultes ont accepté de se résoudre à la sphère privée, cela ne peut être le cas du culte musulman.

Il se trouve que cette religion n’est pas ordonnée au sens de l’existence d’un clergé identifié !

L’imam souvent auto promu parce que savant ou excellent orateur est le guide qui tire sa puissance directement de l’illumination divine.

Mais je pense aussi à  Jean-Paul II qui se désolait de voir l’emprise du catholicisme baisser dans le monde occidental – n’oublions pas la création des JMJ pour séduire la jeunesse.

Œuvre poursuivie par Benoit XVI et son fameux discours de Ratisbonne qui avait tant heurté les dignitaires musulmans. Quelque chose se mettait bien en marche !

Je pense que l’élection du Pape François n’est pas un simple hasard mais bien une volonté d’ordre politique… D’ailleurs dans son premier discours il assène le mot évangélisation. Il n’est pas jésuite pour rien et être originaire d’Amérique latine n’est pas non plus innocent. (cf l’article que j’avais écrit alors :

Il me semble que nous allons vers un affrontement entre les deux plus grandes religions conquérantes. Comment et quand cela se passera ? Nul ne le sait !

La France qui fut la fille aînée de l’Eglise est confrontée aujourd’hui à une islamisation sournoise.

A force de considérer l’autre dans ses différences, on finit par perdre l’essence même de notre culture si singulière, si généreuse, si humaine.

Pourquoi accepter comme à Lille que des plages horaires ne soient réservées qu’aux femmes. ?

Pourquoi accepter la diversité de menus et notamment la présence de viande hallal (qui relève bien d’un rituel religieux) dans les cantines ou même dans de nombreux restaurants aujourd’hui. J’ai même vu un restaurant chinois indiquer sur sa carte « viande hallal » ! Je pourrais citer d’autres situations comme le souligne le rapport d’enquête présenté au Sénat : https://www.senat.fr/rap/r19-595-1/r19-595-110.html)

Ce sont des petits riens me direz-vous mais quand même au fur et à mesure la garde s’abaisse.

On évoque surtout le principe de laïcité depuis deux dizaines d’années. Que d’incantations !

Mais en fait ne vise-t-on pas la seule religion musulmane qui ne peut par définition rentrer dans la sphère privée.

C’est bien là que le bât blesse !

Pour ma part je pense qu’il n’y a pas d’islam modéré, qu’il n’y a pas d’islam radical… Il n’y a qu’un seul islam – celui qui régit la vie de la communauté musulmane (chez les sunnites l’Oumma) !

Alors que faire ?

Je me dis tout d’abord que cette affaire concerne en premier lieu les français musulmans.

A eux de provoquer un schisme qui puisse définir un islam d’occident en accord avec nos principes de séparation des églises et de l’état. Et ainsi provoquer le fait que cette religion puisse enfin entrer dans la seule sphère privée et ne pas régir lentement mais sûrement notre société.

Il m’est en tant que citoyen de France capital de considérer tel ou tel, non en fonction de sa couleur de peau ou de ses croyances, mais juste comme un être humain capable de grandes et belles choses.

C’est ce que nous avons reçu par notre instruction (j’aime ce mot et il me tarde qu’on le réintroduise enfin plutôt que d’évoquer le mot éducation qui ne signifie in fine rien).

Le président de la République s’est clairement exprimé sur ce sujet qu’il a qualifié de lutte contre le séparatisme islamiste. J’ai trouvé son allocution pleine de bon sens et j’ai noté sa volonté d’agir. Mais les mesures évoquées ne suffiront pas !

Il serait bien, je crois que le président de notre république au travers de ce qu’il a nommé par simple sens de communication « la lutte contre le séparatisme islamiste », pour ne point choquer, propose aux dignitaires musulmans français, comme l’avait fait en son temps Napoléon avec les français de confession juive, la mise en place d’un consistoire musulman et de fait la mise en œuvre d’un véritable clergé « ordonné ».

Ainsi cette pratique cultuelle pourrait alors rentrer dans la sphère privée comme les autres cultes sans porter atteinte aux fondamentaux de notre république.

Cela pourrait même faire l’objet d’un référendum réservé pourquoi pas aux seuls français de confession musulmane, pour peu que la question posée soit lisible et comprise.

Mais je pense que cette idée ne serait pas constitutionnelle à cause du fichage possible comme cela fut fait en d’autres temps. Qui se souvient que la mention de la religion figurait sur les cartes d’identité nationale ?

Mais je persiste à dire que cette volonté de réforme, de schisme, ne peut venir que de nos compatriotes musulmans et d’eux seuls.

Puissent-ils réagir vite pour éviter d’autres drames, d’autres crimes, d’autres incompréhensions mutuelles entre êtres humains vivant sur le même sol et partageant les principes de notre république.

 

Lyon ce 28-X-2020

jcj

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Une affaire qui mousse de plus en plus ! Mais est-ce donc une affaire ?

 

Il y a quelques jours l'Obs, dernier rejeton du Nouvel Obs bien réputé autrefois pour certaines de ses petites annonces publiait un article se voulant objectif et honnête, à propos de dérives incroyables et de propos inadmissibles d'une page privée de Facebook intitulée le Divan des Médecins.

 

Depuis on ne peut que constater que cela fait le buzz et quel buzz.

D'autres medias de la presse écrite s'y sont engouffrés sans forcément faire leur propre enquête mais ne faisant qu'un copier-coller de ce qui avait été déjà écrit.

Et puis des radios se sont également engouffrées dans la brèche à l'instar de RTL et cerise sur le gâteau ce midi diffusion au journal de France2 de ce sujet .. ile ne manque plus que BFM et son acolyte TF1!

Que dire !

France Assos Santé, une association ayant pour objectif de défendre « tous les patients » est montée au front vaillamment pour dénoncer ce qu’elle nomme le « Divan Gate  ou quand des médecins exposent et stigmatisent leurs patients sur les réseaux sociaux ».

Cette association relèverait ainsi plusieurs manquements à plusieurs articles du Code de Déontologie Médicale ayant force de loi, du code pénal, et du code de la santé publique.

Je suis moi-même membre de ce groupe privé « Le divan des médecins – L’Ordre du Divan » qui regroupe plus de 11 000 membres.

Ce groupe en toute certitude est privé et nécessite pour y entrer une cooptation voire une présentation par un autre médecin.

Ce groupe a vocation de confronter les différents vécus et aussi de permettre aux uns et aux autres de confronter leurs expériences et cas cliniques et aussi d’exprimer librement certains ras le bol.

Bien sûr certains commentaires sont, comment dire d’une trivialité particulière et bien incompréhensibles de ceux qui ne participent pas de la culture et du jargon de carabin se situant au deuxième voire nième degré !

Mais quand même pour lire régulièrement ce qui y est posté, je dois dire que je n’ai jamais été bien choqué.

Au contraire, certains cas cliniques présentés notamment en dermatologie nécessitant évidemment quelques photos jointes ont été sources comment dire de fmc et m’ont pour ainsi dire appris des choses.

Le ton de cette page est sans ambages, clair.

D’autres posts de cette page relatent les souffrances endurées au quotidien par nombre de médecins, exprimant leur ras-le bol, signifiant un épuisement que d’aucuns veulent bien nommer « burn-out » !

Et alors s’exprime une belle solidarité redonnant du sens au mot si souvent galvaudé de « confraternité ».

Les exemples repris dans l’Obs et les autres média se veulent flagrants de ce qui est innommable dans un pays nourri au politiquement correct : « raciste – homophobe- grossophobe – méprisant des pauvres ! »

Ah ?

On pourrait aussi reconnaître au travers des photos de cas cliniques des patients, car mal floutées.

Pour ma part, ayant vu ces images, je dois dire qu’il faut être bien astucieux pour deviner tel ou tel visage !

Et puis en toute franchise, je crois que nous médecins ne plaçons pas le curseur de ce qui peut paraitre choquant comme le reste de la population.

Il eût été bien que cette association et plus encore les media qui font le buzz s’approchent davantage de la réalité du contenu de l’ensemble des posts des membres de ce groupe plutôt que de vouloir à tout prix sortir deux ou trois commentaires en boucle et les mettre en exergue d’un politiquement correct.

Il semble que deux ou trois membres de ce groupe auraient été gravement choqués par certains commentaires.

Il semble même que l’un de ces médecins ayant ressenti l’outrage ait rapporté ceci : « petit ramassis d’hommes blancs hétéros qui se pensent au-dessus de tout le monde ». Nous y voilà !

Mais quand même pourquoi avant d’ameuter la horde médiatique, n’ont-ils pas ce courage d’exprimer leur gêne, leur ressenti directement ou de signaler un contenu qui leur paraissait non conforme à la déontologie ?

Espérons que des journalistes consciencieux iront explorer tout ce qui a été mis en ligne et ramèneront quelque vérité !

Le divan des médecins doit rester un espace de liberté et je sais que la quasi-totalité de ses membres a toujours eu à cœur de respecter les fondamentaux de la déontologie médicale.

 

 

 

 

 

 

Divanesque ! &quot;Divan Gate ?&quot;

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Ce dimanche matin … ce matin-là, une odieuse nouvelle tourne en boucle et me met la tête à l’envers.

Dimanche 10 janvier 2016 !

Ma tête est déjà vide… elle se vide encore plus !

Je suis cutté sur ma chaise devant mon verre de café qui est déjà froid.

Incapable de boire quoique ce soit ! incapable de bouger !

Je suis hagard, en état de choc, pétrifié !

David Bowie ! David Bowie ! David Bowie !

 

Des images tournent dans ma tête.

Je me revois écoutant Bowie pour la première fois. J’avais à peine 14 ans.

Je me revois bravant le climat familial si rigide, affichant mon premier poster de Bowie. Il était vêtu d’un justaucorps très moulant, en minishort tenant une belle fender acoustique.

Et cet autre tiré de la pochette d’Aladdin Sane.

Des notes d’intro viennent frapper mon cerveau perdu.

Je me revois jouer Ziggy Stardust, Jean Genie, Rebel Rebel, Rock and Roll Suicide !

Je me revois subir les colères de mon père, son incompréhension à me voir tomber sous le charme de Bowie !

Je me revois subir les quolibets de certains de mes camarades de classe, notamment au Collège Naval puis à la Flèche. Instinctivement je me plaisais à cultiver le look androgyne de Bowie. Ah ce n’était guère tendre.

Bowie m’a construit ! J’aime Bowie !

 

Je suis pris de soubresauts, je tremble, et des larmes coulent, coulent le long de mes joues, noyant mon café déjà froid.

Je ne peux arrêter cette crise de larmes. Je pleure, je pleure sans un mot, la gorge nouée, le cœur serré, cognant de plus en plus fort.

J’ai sous les yeux son dernier disque – Blackstar -  sorti  il y à peine deux jours (le jour de son anniversaire  vendredi 8 janvier) – et ce clip Lazarus !

C’est intenable ! insupportable !

J’éteins tout ! je reste dans l’obscurité et je pleure !

David Bowie s’en est allé ! David Bowie n’est plus !

 

Il me revient en ce sombre mois de janvier 2016 que je pleurais sans cesse. Il suffisait que j’entende le nom de Bowie pour éclater en sanglots, partout, même au cabinet.

Je ne pouvais rien écrire, ni en parler, ni en jouer. Non je pleurais !

Il y eût quelque incompréhension devant ce comportement qu’on osa qualifier de puéril. Ma réponse a été violente et j’ai fait le ménage dans mon entourage proche ! Il était temps !

Cela m’a duré longtemps.

Oui longtemps, quatre ans !

 

Ah cette année 2016 !

Qui aurait pu imaginer le cours de cette année-là !

Six mois plus tard, jour pour jour, un dimanche également, disparaissait le pilier de ma vie.

Si pimpante la veille, elle s’en est allée sans crier gare, ce dimanche-là !

 

Enfin je peux écrire ces quelques mots sans pleurer ! Il m’en aura fallu du temps !

 

jcj 10-01-2020

Five Years ? Non Quatre ans !

David Bowie

8 Janvier 1947 - 10 janvier 2016

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Sadness .... 

Edward King s'en est allé.

Sa chanson la plus mythique écrite pour Lynyrd Skynyrd, car la plus connue, est bien Sweet Home Alabama publiée en 1974 dans l'album "Second Helping".

Edward C King guitariste de Lynyrd Skynyrd est allé rejoindre ses amis disparus en 1977 !

Elle fut  une réponse efficace  à la chanson Alabama de Neil Young parue dans l'album magnifique Harvest (1972) qui mettait dans le même sac du racisme, tous les sudistes .

Edward C King guitariste de Lynyrd Skynyrd est allé rejoindre ses amis disparus en 1977 !

Prenant en compte les explications données par Sweet Home, Neil Young y répondit dans Walk On et joua même la chanson sur scène en mémoire à ses amis disparus..

Le rock est bien une grande et belle famille non ?

Il était et je pense qu'il est toujours de "bon aloi" de savoir jouer Sweet Home Alabama.

Sadness !

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Published by jcjos - It's Only Rock And Roll !

Il n'est pas anodin qu'un tel acte se fasse. Qu'un président nouvellement élu expose sa vison devant les parlementaires réunis en Congrès. Que cela se fasse à la veille du discours dit de politique générale que doit exposer le premier ministre devant le Parlement !

Il y a quelque chose de Bonaparte chez Emmanuel Macron !

Mais l'article 18 de notre constitution le permet et le président fort habilement l'indique en préambule.

J'ai lu ce discours et l'ai relu. Et bien je le trouve très bien. cette volonté exprimée de rassembler, d'aller de l'avant, cette volonté de ne pas oublier ce qu'est la France, son histoire, cette volonté de progressisme, cette volonté de revenir aux fondamentaux de l'Union européenne... et bien cela me plait et me rappelle tant la campagne présidentielle de François Bayrou en 2007 et notre projet d'Espoir. Puisse-t-il se réaliser enfin et que les progressistes prennent le pas sur les conservatismes de tout genre.

 

Voici donc retranscrit le texte intégral du discours du président de la République Française.

 

Monsieur le Président du Congrès,

Monsieur le Président du Sénat,

Monsieur le Premier ministre,

Mesdames et Messieurs les membres du gouvernement,

Mesdames et Messieurs les députés,

Mesdames et Messieurs les sénateurs,

 

En son article 18, la Constitution permet au Président de la République de prendre la parole devant le parlement réuni à cet effet en Congrès. Il est des heures qui de cette possibilité font une nécessité, les heures que nous vivons sont de celles-là. Le 7 mai dernier, les Français m’ont confié un mandat clair, le 18 juin ils en ont amplifié la force en élisant à l’Assemblée nationale une large majorité parlementaire. Je veux aujourd’hui vous parler du mandat que le peuple nous a donné, des institutions que je veux changer, et des principes d’action que j’entends suivre.

Ce sont mille chemins différents qui nous ont conduits ici, aujourd’hui, vous et moi, animés par le même désir de servir et même si ce désir n’a pas le même visage, pas la même forme, même s’il n’emporte pas les mêmes conséquences, nous en connaissons vous et moi la source, ce simple amour de la patrie. Certains font de la politique depuis longtemps ; pour d’autres au nombre desquels je me range, ça n’est pas le cas. Vous soutiendrez ou vous combattrez selon vos convictions le gouvernement que j’ai nommé mais à la fin, nous savons tous que quelque chose de très profond nous réunit, nous anime, et nous engage. Oui, le simple amour de la patrie que celle-ci s’incarne dans la solitude des collines de Haute-Provence ou des Ardennes, dans la tristesse des grands ensembles où une partie de notre jeunesse s’abîme, dans la campagne parfois dure à vivre et à travailler, dans les déserts industriels mais aussi dans la gaité surprenante des commencements.

De cet amour, nous tirons tous, je crois, la même impatience qui est une impatience d’agir. Elle prend parfois les traits de l’optimisme volontaire, d’autres fois ceux d’une colère sincère, toujours elle découle de cette même origine.

Nous avons vous et moi reçu le mandat du peuple ; qu’il nous ait été donné par la Nation entière ou par les électeurs d’une circonscription ne change rien à sa force ; qu’il ait été porté par le suffrage direct ou par le suffrage indirect ne change rien à sa nature ; qu’il ait été obtenu voici un certain temps déjà ou bien récemment à l’issue d’une campagne où toutes les opinions ont pu s’exprimer dans leur diversité et que vous incarniez ces opinions différentes ici aujourd’hui ne change rien à l’obligation collective qui pèse sur nous.

Cette obligation est celle d’une transformation résolue, et profonde tranchant avec les années immobiles ou avec les années agitées toutes aux résultats également décevants, c’est par cette voie que nous retrouverons ce qui nous a tant manqué, la confiance en nous, la force nécessaire pour accomplir nos idéaux. Ce qui nous est demandé par le peuple, c’est de renouer avec l’esprit de conquête qui l’a fait pour, enfin, le réconcilier avec lui-même. En vous élisant, dans votre nouveauté radicale à l’Assemblée nationale, le peuple français a montré son impatience à l’égard d’un monde politique trop souvent fait de querelles et d’ambitions creuses où nous avions vécu jusqu’alors.

C’est aussi à une manière de voir la politique qu’il a donné congé. En accordant leur confiance à des femmes et des hommes ici réunis, les Français ont exprimé une impérieuse attente, la volonté d’une alternance profonde et je suis sûr que vous êtes ici tous aussi conscients que moi et je sais bien aussi que les sénateurs en ont une pleine conscience bien que leur élection soit plus ancienne, parce qu’ils ont perçu eux si attentifs par nature aux mouvements du temps les espoirs nouveaux que l’expression du suffrage universel direct a fait naître.

Etre fidèle à ce que le peuple français a voulu suppose donc une certaine forme d’ascèse, une exigence renforcée, une dignité particulière et sans doute plus encore aujourd’hui qu’hier. Les mauvaises habitudes reviennent vite ; marqués par une époque de cynisme, de découragement, et j’ose le dire de platitude, nombreux sont ceux encore qui spéculent sur un échec qui justifierait leur scepticisme. Il vous appartiendra, il nous appartiendra de les démentir et il nous appartiendra aussi de convaincre tous ceux qui attendent qui nous font confiance du bout des lèvres, tous ceux qui n’ont pas voté, tous ceux aussi que la colère et le dégoût devant l’inefficacité, notre inefficacité bien souvent ont conduit à des choix extrêmes d’un bord ou de l’autre de l’échiquier politique et qui sont des choix dont la France dans sa grandeur comme dans son bonheur n’a rien à attendre.

Ce mandat du peuple que nous avons reçu, quel est-il exactement ? Pour le savoir, il faut sortir de ce climat de faux procès où le débat public nous a enfermés trop longtemps. Il nous faut retrouver de l’air, de la sérénité, de l’allant ; il y faut un effort parce que ces faux procès sont nombreux.

S’agit-il de réformer le droit du travail pour libérer, dynamiser l’emploi au bénéfice d’abord de ceux qui n’en ont pas ? On nous dira qu’il s’agit d’adapter la France aux cruautés de l’univers mondialisé ou de satisfaire aux diktats de Bruxelles !

S’agit-il de réduire nos dépenses publiques pour éviter à nos enfants de payer le prix de nos renoncements ? On nous dira que nous remettons en cause notre modèle social.

S’agit-il de sortir de l’état d’urgence ? On nous dira d’un côté que nous laissons la France sans défense face au terrorisme, et de l’autre que nous bradons nos libertés.

Eh bien, rien, rien de tout cela n’est vrai.

Derrière tous ces faux procès, on trouve le même vice, le vice qui empoisonne depuis trop longtemps le débat public : le déni de réalité, le refus de voir le réel en face dans sa complexité et ses contraintes ; l’aveuglement face à un état d’urgence qui est autant économique et social que sécuritaire.

Là-dessus, j’ai toujours considéré que le peuple français était plus sage et plus avisé que beaucoup ne le croient. Si bien que je pense profondément que le mandat que nous avons reçu du peuple est un mandat à la fois exigeant et profondément réaliste, et que pour l’accomplir, nous devons nous placer au-delà de la stérilité de ces oppositions purement théoriques et qui, si elles garantissent de beaux succès de tribune, n’apportent rien.

Notre premier devoir est tout à la fois de retrouver le sens et la force d’un projet ambitieux de transformation de notre pays et de rester arrimés au réel. De ne rien céder au principe de plaisir, aux mots faciles, aux illusions pour regarder en face la réalité de notre pays sous toutes ses formes.

Ce mandat du peuple français donc, quel est-il ?

C’est d’abord le mandat de la souveraineté de la Nation. C’est de pouvoir disposer de soi-même, malgré les contraintes et les dérèglements du monde. Voyons la réalité en face. Les forces de l’aliénation sont extrêmement puissantes.

Aliénation à la nouvelle division du travail qui s’esquisse dans un univers en transformation profonde, où le numérique recompose des secteurs entiers de l’économie, bouscule des équilibres et des emplois.

Aliénation à la misère, à la pauvreté, ou même seulement à l’insatisfaction, si nous ne permettons pas à chacun de trouver un travail qui lui corresponde, qu’il soit heureux d’accomplir, une place et une dignité qui soit la sienne dans la société.

Aliénation à la contrainte financière, si nous ne rétablissons pas notre budget, si nous ne réduisons pas notre dette publique.

Aliénation à la volonté d’autres pays, dans l’Europe comme au sein de nos alliances, si nous ne remettons pas nos affaires en ordre.

Aliénation à la terreur islamiste, si nous ne trouvons pas le moyen de la détruire sans rien lui céder de nos valeurs, de nos principes.

Aliénation de notre avenir, si nous ne parvenons pas à organiser la transition écologique, à protéger la planète.

Aliénation de notre vie dans ce qu’elle a de plus quotidien, si les aliments que nous mangeons, l’air que nous respirons, l’eau que nous buvons, nous sont imposés, et pour le pire, par les seules forces d’une compétition internationale devenue anarchique.

Je crois fermement que sur tous ces points, le peuple nous a donné le mandat de lui rendre sa pleine souveraineté.

 

Mais c’est aussi le mandat du projet progressiste, d’un projet de changement et de transformation profonds. Nos concitoyens ont fait le choix d’un pays qui reparte de l’avant, qui retrouve l’optimisme et l’espoir. Ils l’ont fait parce qu’ils savent bien, parce que nous savons bien, que, dans un monde bouleversé par des changements profonds, sans ce mouvement, sans cette énergie créatrice, la France n’est pas la France. Ils savent, parce que cela a été notre expérience commune de ces dernières années, qu’une France arrêtée s’affaisse, se divise, qu’une France apeurée, recroquevillée et victime, s’épuise en querelles stériles et ne produit que du malheur, malheur individuel et malheur collectif.

Elle est là, notre mission historique. Cette mission, la mienne, celle du Gouvernement, la vôtre, n’est pas dévolue à un petit nombre. Elle est dévolue à tous car chacun y a sa part. La France possède des trésors de créativité, des ressources inépuisables. Mais je ne pense pas simplement là tous nos talents ; je pense à chaque Française, à chaque Français, soucieux de bien faire et de mener une vie digne de lui.

Elle est là, la vraie richesse d’un pays et le mandat qui nous est donné, c’est de créer de l’unité où il y avait de la division ; de redonner à ceux qui sont exclus la simple dignité de l’existence, leur juste place dans le projet national : de permettre à ceux qui créent, inventent, innovent, entreprennent, de réaliser leurs projets ; de rendre le pouvoir à ceux qui veulent faire et font.

Le mandat du peuple, ce n’est pas d’instaurer le gouvernement d’une élite pour elle-même, c’est de rendre au peuple cette dignité collective qui ne s’accommode d’aucune exclusion.

Seulement voilà : jusqu’ici, trop souvent, nous avons fait fausse route. Nous avons préféré les procédures aux résultats, le règlement à l’initiative, la société de la rente à la société de la justice. Et je crois profondément que par ses choix récents, notre peuple nous demande d’emprunter une voie radicalement nouvelle.

Je refuse pour ma part de choisir entre l’ambition et l’esprit de justice. Je refuse ce dogme que pour bâtir l’égalité, il faudrait renoncer à l’excellence, pas plus que pour réussir, il ne faut renoncer à donner une place à chacun. Le sel même de notre République est de savoir conjuguer ces exigences, oui, de faire tout cela, en quelque sorte, « en même temps ».

Cette voie désoriente, je l’entends bien, tous ceux qui s’étaient habitués à faire carrière sur les schémas anciens. Il en est ainsi à chaque période lorsque le renouveau s’impose et que l’inquiétude à certains endroits peut naître. Mais nous avons à prendre la mesure des efforts que va nous imposer cette formidable soif de renouvellement dont nous sommes, vous et moi, les porteurs.

Le mandat du peuple, c’est aussi le mandat de la confiance et de la transparence.

Nous sommes un vieux peuple politique, la politique est importante pour nos concitoyens, on lui demande tout, parfois trop, on lui en veut souvent, parfois trop aussi, et c’est parce qu’elle est essentielle à ce point que les Français avaient fini par s’exaspérer devant l’espérance confisquée. Mais vous êtes ici tous et toutes les dépositaires de ce désir de changement qui nous est interdit de trahir. Et ce changement doit aussi porter sur les comportements, il ne peut y avoir de réforme sans confiance, il ne peut y avoir de confiance si le monde politique continue d’apparaître même si c’est la plupart du temps injuste comme le monde des petits arrangements à mille lieux des préoccupations des Français.

La loi que le gouvernement proposera à vos suffrages n’a pas d’autre but, nous avons déjà changé depuis plusieurs années et nous avons changé en bien. Nous avons cessé de supporter ce qui semblait presque normal autrefois, l’opacité, le clientélisme, les conflits d’intérêts, tout ce qui relève d’une forme de corruption ordinaire presque impalpable. Pour autant, nul n’est irréprochable car si l’exigence doit être constante, si nous sommes tous dépositaires de la dignité qui sied à nos fonctions et chaque jour nous oblige, la perfection n’existe pas. Oui, nous voulons une société de confiance et pour cela une loi ne suffit pas. C’est un comportement de chaque jour mais nous voulons aussi cette confiance parce que la société de la délation et du soupçon généralisé qui était jusque là la conséquence de l’impunité de quelques puissants ne nous plait pas davantage.

La loi du gouvernement sera votée, je n’en doute pas, mais après qu’elle l’aura été j’appelle à la retenue, j’appelle à en finir avec cette recherche incessante du scandale, avec le viol permanent de la présomption d’innocence, avec cette chasse à l’homme où parfois les réputations sont détruites et où la reconnaissance de l’innocence des mois, des années plus tard ne fait pas le dixième du bruit qu’avait fait la mise en accusation initiale. Cette frénésie qui a touché tous les camps depuis tant de mois, parfois tant d’années est indigne de nous et des principes de la République. Le mandat du peuple c’est enfin le mandat de la fidélité historique. Les Français demandent à leur gouvernement de rester fidèle à l’histoire de la France, encore faut-il s’entendre sur le sens que l’on donne à ces mots.

Ces dernières années, l’histoire a été prise en otage par le débat politique. Nous avons vu fleurir l’histoire pro-coloniale et celle de la repentance, l’histoire identitaire et celle multiculturelle, l’histoire fermée et l’histoire ouverte, il n’appartient pas au pouvoir exécutif ou législatif de décréter le roman national. Que l’on veuille lui donner une forme réactionnaire ou une forme progressiste, cela ne signifie pas que l’histoire de France n’existe pas, qu’il ne faut pas en être fier tout en regardant lucidement ses parts d’ombre, ses bassesses. Mais pour nous elle doit prendre la forme non d’un commentaire, non d’une revendication ou d’une transformation mais d’une action résolue en faveur du meilleur. Parce que c’est dans cette action que nous pouvons retrouver les grands exemples du passé, nous en nourrir et les prolonger.

Et à la fin nous aussi, nous aussi nous aurons fait l’histoire sans nous être réclamés abusivement ce qu’elle pourrait être mais en regardant le réel et en gardant nos esprits et nos volontés tendus vers le meilleur, c’est ce que nous appelons le progressisme. Ce n’est pas de penser que toute nouveauté est forcément bonne, ce n’est pas d’épouser toutes les modes du temps, c’est à chaque moment pas après pas de discerner ce qui doit être corrigé, amendé, rectifié, ce qui à certains endroits doit être plus profondément refondé. Ce qui manque à la société pour devenir plus juste et plus efficace ou plus exactement plus juste parce que plus efficace, plus efficace parce que plus juste. C’est une éthique de l’action et de la responsabilité partagée, c’est la fidélité à notre histoire et à notre projet républicain en actes car la République ce n’est pas des lois figées, des principes abstraits, c’est un idéal de liberté, d’égalité, de fraternité, chaque jour re-sculpté et repensé à l’épreuve du réel.

L’action politique n’a de sens que si elle est précisément accomplie au nom d’une certaine idée de l’homme, de son destin, de sa valeur indépassable et de sa grandeur. Cette idée la France la porte depuis longtemps, rien d’autre ne doit compter à nos yeux, ce n’est pas la société des entrepreneurs que nous voulons ou la société de l’équilibre des finances publiques ou la société de l’innovation, tout cela est bien, tout cela est utile mais ce ne sont que des instruments au service de la seule cause qui vaille, une cause à laquelle le nom de la France est attaché depuis bien longtemps et cette cause est la cause de l’homme. Nous différons entre nous et ici même sur les moyens mais je suis sûr que nous ne différons pas sur ce but et le savoir et nous le rappeler sans cesse parfois dans les pires moments devrait rendre à notre débat public cette dignité, cette grandeur qui sur fond de tant d’abandons et d’échecs collectifs lui ont cruellement manqué ces dernières années. C’est à l’aune de ce mandat du peuple que nous avons à construire notre politique pour les cinq ans qui viennent.

Vous l’aurez compris, et vous le savez déjà intimement, nous n’avons pas devant nous cinq ans d’ajustements et de demi-mesures, les Français ne sont pas animés par une curiosité patiente mais par une exigence intransigeante, c’est la transformation profonde qu’ils attendent, qu’ils espèrent, qu’ils exigent, ne la redoutons pas, embrassons-la bien au contraire. La charte de notre action a été fixée durant la campagne et vous en connaissez les jalons sur lesquels je ne reviendrai pas. Les engagements seront tenus, les réformes et ses transformations profondes auxquelles je me suis engagé seront conduites. Le Premier ministre, Edouard PHILIPPE, que j’ai nommé afin qu’il soit le dépositaire à la tête du gouvernement de ces engagements en présentera la mise en œuvre dans son discours de politique générale.

Mais tout cela, tout cela ne sera possible que si nous avons une République forte et il n’est pas de République forte sans institutions puissantes. Nées de temps troublés, nos institutions sont résistantes aux crises et aux turbulences, elles ont démontré leur solidité mais comme toutes les institutions elles sont aussi ce que les hommes en font. Depuis plusieurs décennies maintenant l’esprit qui les a fait naître s’est abîmé au gré des renoncements et des mauvaises habitudes. En tant que garant du bon fonctionnement des pouvoirs publics, j’agirai en suivant trois principes, l’efficacité, la représentativité et la responsabilité.

L’efficacité d’abord, il nous faut du temps pour penser la loi, du temps pour la concevoir, la discuter et la voter, du temps aussi pour s’assurer des bonnes conditions de son application. Souhaiter que nos institutions soient plus efficaces ce n’est donc pas sacrifier au culte de la vitesse, c’est rendre la priorité au résultat. Sachons mettre un terme à la prolifération législative, cette maladie nous la connaissons, elle a été tant et tant nommée et je crains moi-même dans une vie antérieure d’y avoir participé. Elle affaiblit la loi qui perd dans l’accumulation des textes une part de sa vigueur et certainement de son sens. Telle circonstance, tel imprévu, telle nouveauté ne sauraient dicter le travail du législateur car la loi n’est pas faite pour accompagner servilement les petits pas de la vie de notre pays, elle est faite pour en encadrer les tendances profondes, les évolutions importantes, les débats essentiels et pour donner un cap. Elle accompagne de manière évidente les débuts d’un mandat.

Mais légiférer moins ensuite c’est consacrer plus d’attention aux textes fondamentaux, à ces lois venant répondre à un vide juridique, venant éclairer une situation inédite, c’est cela le rôle du Parlement. Légiférer moins c’est mieux allouer le temps parlementaire, c’est en particulier réserver de ce temps au contrôle et à l’évaluation. Je sais que nombre d’entre vous y ont déjà beaucoup réfléchi et je ne mésestime pas les progrès faits durant ces dernières années en la matière. Mais nous devons aller plus loin encore car voter la loi ne saurait être le premier et le dernier geste du Parlement. Nos sociétés sont devenues trop complexes et trop rapides pour qu’un texte de loi produise ses pleins effets sans se heurter lui-même au principe de réalité.

La voix des citoyens concernés par les textes que vous votez ne saurait être perçue comme attentatoire à la dignité législative, elle est la vie, elle est le réel, elle est ce pour quoi vous œuvrez, nous œuvrons. C’est pourquoi bien suivre l’application d’une loi, s’assurer de sa pertinence dans la durée, de ses effets dans le temps pour la corriger ou y revenir est aujourd’hui devenu une ardente obligation.

Pour toutes ces raisons, je souhaite qu’une évaluation complète de tous les textes importants comme aujourd’hui celle sur le dialogue social ou encore sur la lutte contre le terrorisme dont nous avons récemment jeté les bases soit menée dans les deux ans suivant leur mise en application. Il est même souhaitable qu’on évalue l’utilité des lois plus anciennes afin d’ouvrir la possibilité d’abroger des lois qui auraient par le passé été trop vite adoptées, mal construites ou dont l’existence aujourd’hui représenterait un frein à la bonne marche de la société française.

Enfin, le rythme de conception des lois doit savoir répondre aux besoins de la société. Il est des situations d’urgence que le rythme propre au travail parlementaire ne permet pas de traiter suffisamment vite, songez à l’encadrement des pratiques issues du numérique en matière de protection des droits d’auteurs, de la vie privée de nos concitoyens ou de la sécurité nationale. Notre temps collectif est aujourd’hui trop lent et il faut qu’au temps long du travail législatif que je viens d’évoquer soit ajouté la faculté d’agir vite. Ainsi, la navette pourrait être simplifiée, je pense même que vous devriez pouvoir dans les cas les plus simples voter la loi en commission, tout cela vous y avez pour nombre d’entre vous beaucoup travaillé, tout cela doit être sérieusement étudié mais pour désormais le faire.

Je n’ignore rien des contraintes qui pèsent sur vous, le manque de moyens, le manque d’équipes, le manque d’espace contrarient en partie les impératifs d’efficacité que je vous soumets. Pour cela, il est une mesure depuis longtemps souhaitée par nos compatriotes qu’il me semble indispensable de mettre en œuvre, la réduction du nombre de parlementaires. Un Parlement moins nombreux mais renforcé dans ses moyens c’est un Parlement où le travail devient plus fluide, où les parlementaires peuvent s’entourer de collaborateurs mieux formés et plus nombreux, c’est un Parlement qui travaille mieux. C’est pourquoi je proposerai une réduction d’un tiers du nombre des membres des trois assemblées constitutionnelles. Je suis convaincu que cette mesure aura des effets favorables pour la qualité générale du travail parlementaire.

Ca n’est pas, céder à l’antiparlementarisme ambiant, bien au contraire, car les Français pour leur majeure partie en sont également certains, cette réforme est indispensable. Cette réforme qui devra être conduite en veillant à la juste représentation de tous les territoires de la République, hexagonaux et ultramarins, n’a pas pour but de nourrir cet antiparlementarisme ambiant, elle vise à donner aux élus de la République plus de moyens et plus de poids.

Le devoir d’efficacité ne saurait peser seulement sur le Parlement. L’exécutif doit en prendre sa part. Et d’abord, précisément, vis-à-vis du Parlement.

C’est pourquoi, Mesdames et Messieurs les Parlementaires, j’ai voulu vous réserver, et à travers vous, aux Français, ma première expression politique depuis mon élection.

Trop de mes prédécesseurs se sont vu reprocher de n’avoir pas fait la pédagogie de leur action, ni d’avoir exposé le sens et le cap de leur mandat. Trop d’entre eux aussi ont pris des initiatives, dont le Parlement n’était que secondairement informé, pour que je ne me satisfasse d’en reconduire la méthode.

Tous les ans, je reviendrai donc devant vous pour vous rendre compte.

Si la considération et la bienveillance que cela traduit à l’égard du Parlement apparaissent à certains comme une dérive condamnable, c’est sans doute qu’ils ont de leur rôle de parlementaire et du rôle du Président de la République une conception vague que masque mal l’arrogance doctrinaire ou le sectarisme.

Il est toujours préoccupant que des représentants du peuple se soustraient aux règles de la Constitution qui les a fait élire. SIEYES et MIRABEAU ne désertèrent pas, je crois, si promptement le mandat que leur avait confié le peuple.

Le Président de la République doit fixer le sens du quinquennat et c’est ce que je suis venu faire devant vous. Il revient au Premier ministre qui dirige l’action du Gouvernement de lui donner corps. C’est à lui qu’incombe la lourde tâche d’assurer la cohérence des actions, de conduire les transformations, de rendre les arbitrages et, avec les ministres, de vous les présenter. Je souhaite que cette responsabilité ait un sens.

C’est pourquoi je demanderai au Premier ministre d’assigner à chacun des objectifs clairs dont, annuellement, ils lui rendront compte.

De même, l’efficacité commande que les ministres soient au cœur de l’action publique et retrouvent avec leur administration un contact plus direct. La réduction que j’ai voulue à dix du nombre de collaborateurs de cabinet, comme le renouvellement de l’ensemble des directeurs d’administration centrale répond à cette priorité.

Il s’agit de rendre aux directeurs d’administration, disposant alors de la pleine confiance du Gouvernement, la connaissance directe de la politique qu’ils auront à mettre en œuvre et de partager ainsi, au sein du Gouvernement et de toute l’administration, cette responsabilité partagée dont le peuple nous a fixé le cap.

Soumis eux-mêmes à l’obligation de résultat par la feuille de route qui les lie au Premier ministre, les ministres ne perdront pas de vue pour autant les conditions de mise en œuvre de leur politique. Je veux à cet effet une administration plus déconcentrée, qui conseille plus qu’elle ne sanctionne, qui innove et expérimente plus qu’elle ne contraigne. Tel est le cercle vertueux de l’efficacité. C’est cette administration qui doit redonner à tous les territoires les moyens d’agir et de réussir.

Car, à la fin, notre démocratie ne se nourrit que de l’action et de notre capacité à changer le quotidien et le réel.

Mais ce souci d’efficacité ne suffira pas à rendre à notre démocratie l’oxygène dont trop longtemps elle fut privée. S’il faut en finir avec la République inefficace, il faut en finir aussi bien avec la République du souffle court, des petits calculs, de la routine. Nous ne retrouverons la respiration profonde de la démocratie que dans le renouement avec la variété du réel, avec la diversité de cette société française à l’écart de laquelle nos institutions se sont trop soigneusement tenues, n’admettant le changement que pour les autres mais pas pour elles.

La réalité est plurielle, la vie est plurielle. Le pluralisme s’impose à nos institutions, qui s’affaiblissent dans l’entre soi.

Nous avons fait entrer ici la grande diversité française. Elle est sociale, professionnelle, géographique, de genre et d’origine, d’âge et d’expériences, de croyances et d’engagements. Elle constitue un alliage inédit de compétences et de destins dont vous êtes aujourd’hui les visages.

Mais tout cela n’a pas été composé comme un nuancier savant. Nous avons simplement ouvert les portes aux citoyens auxquels le monde politique refusait l’accès.

Je souhaite que ce renouvellement scelle le retour du débat que n’aveuglent pas les dogmes, du partage d’idées que ne dénature pas le caporalisme. C’est aussi pour cela que je crois à la vertu du pluralisme, au respect plein et entier des oppositions. Non parce qu’il s’agirait d’un usage. Mais, car c’est la dignité du débat démocratique et cela sera notre ardente responsabilité.

La représentativité reste toutefois un combat inachevé dans notre pays. Je souhaite le mener avec vous résolument. Je proposerai ainsi que le Parlement soit élu avec une dose de proportionnelle, pour que toutes les sensibilités y soient justement représentées.

C’est à cette même fin que nous limiterons le cumul des mandats dans le temps pour les parlementaires. Car il s’agit là de la clef de voûte d’un renouvellement qui ne se produira pas sous la pression et l’exaspération citoyenne, mais deviendra le rythme normal de la respiration démocratique. Les parlementaires eux-mêmes verront dans leur mandat une chance de faire avancer le pays et non plus la clef d’un cursus à vie.

Il est d’autres institutions de la République que le temps a figées dans les situations acquises, quand le sens véritable de leur mission eût été d’incarner le mouvement vivant de la société française.

Le Conseil Economique, Social et Environnemental est de celles-ci. Sa mission était de créer entre la société civile et les instances politiques un trait d’union, fait de dialogue constructif et de propositions suivies d’effets. Cette intention fondatrice s’est un peu perdue. Je souhaite qu’on renoue avec elle.

Le Conseil Economique Social et Environnemental doit devenir la Chambre du futur, où circuleront toutes les forces vives de la Nation. Pour cela, nous devons revoir, tout en réduisant le nombre de ses membres d’un tiers, de fond en comble les règles de sa représentativité. Celle-ci étant acquise, nous ferons de cette Assemblée le carrefour des consultations publiques et le seul.

L’Etat ne travaille pas, ne réforme pas, sans consulter. Et c’est bien normal. Mais les instances de consultation se sont multipliées. Nous ne savons même plus les dénombrer. Elles ont toutes leur justification de représenter une part vibrante de la société civile. Mais c’était le rôle initial du Conseil Economique, Social et Environnemental. En le réformant, nous en ferons l’instance unique de consultation prévue par tous nos textes.

Cela sera un élément d’une plus grande représentativité de notre société civile. Dans le même temps, un élément de simplification de nos procédures, de simplification de la fabrique de la loi.

Ce Conseil doit pouvoir devenir le forum de notre République, réunir toutes les sensibilités et toutes les compétences et donner un lieu en quelque sorte à l’expression de toutes les sensibilités du monde de l’entreprise et du travail, des entrepreneurs comme des syndicats, des salariés comme des indépendants, mais aussi des associations et des organisations non gouvernementales.

Dans le même temps, je souhaite que le droit de pétition soit revu, afin que l’expression directe de nos concitoyens soit mieux prise en compte et que les propositions des Français puissent être présentées, dans un cadre défini et construit, à la représentation nationale.

Là aussi, il en va de la représentativité de notre démocratie. Une représentativité qui ne vivrait pas seulement une fois tous les cinq ans, mais au quotidien dans l’action du législateur.

Fondé sur une représentativité plus grande, animé par le souci d’efficacité, le débat démocratique et plus particulièrement le débat parlementaire retrouveront – j’en suis sûr – leur vitalité. Le désir d’agir et de faire avancer la société reprendra son rang premier au sein de nos institutions et il rejoindra cet autre principe souverain, dont trop souvent nous nous sommes départis, celui de responsabilité.

Une activité parlementaire revivifiée par un cap clair, des débats mieux construits, c’est un Parlement plus apte à exercer sa mission de contrôle, sans laquelle la responsabilité de l’exécutif ne vit pas, est affaiblie.

Je souhaite qu’au Parlement, la majorité comme les oppositions puissent avoir encore davantage de moyens pour donner un contour et une exigence à la responsabilité politique de l’exécutif.

Les ministres eux-mêmes doivent devenir comptables des actes accomplis dans leurs fonctions ordinaires. C’est pour cette raison que je souhaite la suppression de la Cour de Justice de la République. Il faudra trouver la bonne organisation, mais nos concitoyens ne comprennent plus pourquoi seuls les ministres pourraient encore disposer d’une juridiction d’exception.

Faire vivre la responsabilité partout dans nos institutions, c’est aussi assurer l’indépendance pleine et entière de la justice. C’est une ambition qui doit demeurer, malgré les impasses et les demi-échecs rencontrés dans le passé. Je souhaite à cette fin que nous accomplissions enfin cette séparation de l’exécutif et du judiciaire, en renforçant le rôle du Conseil supérieur de la magistrature et en limitant l’intervention de l’exécutif dans les nominations des magistrats du Parquet. A tout le moins, ce Conseil devrait donner un avis conforme pour toutes les nominations de ces magistrats.

C’est un changement profond des pratiques et des règles que j’appelle de mes vœux. Je ne méconnais pas l’évolution institutionnelle et constitutionnelle que cela requiert. C’est pourquoi je demanderai à Madame la Garde des Sceaux et aux ministres compétents, ainsi qu’aux présidents des deux Chambres, de me faire pour l’automne des propositions concrètes permettant d’atteindre cet objectif.

Je souhaite que la totalité des transformations profondes que je viens de détailler et dont nos institutions ont cruellement besoin soit parachevée d’ici un an et que l’on se garde des demi-mesures et des aménagements cosmétiques. Ces réformes seront soumises à votre vote. Mais si cela est nécessaire, je recourrai au vote de nos concitoyens par voie de référendum.

Car, il s’agit ici de rien moins que de retisser entre les Français et la République le rapport qui s’est dissous dans l’exercice mécanique du pouvoir. Je veux réveiller avec vous le sens du pacte civique, je veux que l’efficacité, la représentativité et la responsabilité fassent émerger clairement et fortement une République contractuelle. La confiance accordée y va de pair avec les comptes qu’on rend. L’action s’y déploie dans un cadre partagé entre le mandataire et le mandant et non au fil des circonstances. C’est cela le sens du contrat social qui fonde la République.

Ce que nous ferons pour les institutions de la République, je souhaite le faire aussi pour nos territoires. Ne redoutons pas de nouer avec les territoires des accords de confiance. Nous savons tous combien notre France est diverse, combien est importante l’intimité des décideurs publics avec le terrain de leur action. La centralisation jacobine traduit trop souvent la peur élémentaire de perdre une part de son pouvoir. Conjurons-là. Osons expérimenter, déconcentrer, c’est indispensable pour les territoires ruraux comme pour les quartiers difficiles ; osons conclure avec nos territoires et nos élus de vrais pactes girondins fondés sur la confiance et sur la responsabilité.

La conférence des territoires qui sera bientôt lancée et sera conduite par le Premier ministre répond à cette préoccupation. Il ne s’agira pas uniquement d’une conférence budgétaire ou financière, mais de trouver ensemble les moyens d’adapter nos politiques aux réalités locales, et je pense en particulier aux collectivités d’Outre Mer qui doivent avoir tous les moyens pour réussir.

C’est ce même esprit de confiance qui fonde cette République contractuelle que d’ores et déjà nous faisons avancer dans la société et le monde du travail en donnant à celles et ceux qui sont au plus près de la réalité de l’entreprise une capacité plus grande à réguler le quotidien, non dans le rapport de force, mais dans un cadre nouveau et partagé.

Nous savons tous et toutes que la confiance exige un soin plus grand que l’usage unilatéral de l’autorité. Nous savons aussi qu’elle produit de plus grands résultats et qu’elle suscite cette concorde sans laquelle il n’est pas de vie civile supportable.

La France a vécu assez d’épreuves, connu assez de grandeurs pour n’être pas ce peuple-enfant que l’on berce d’illusions. Chaque Français a sa part de responsabilité et son rôle à jouer dans la conquête à venir. En retrouvant l’esprit de nos institutions, nous redonnerons à la nation tout entière le sentiment de retrouver la maîtrise de son destin, la fierté de reprendre en main le fil de son histoire. C’est la condition même de la réconciliation de notre pays.

Pour être au rendez-vous que le Peuple nous a donné, il ne nous est pas permis d’attendre. C’est pourquoi j’aurai besoin pour notre République de la mobilisation de tous autour de quelques grands principes d’action. Il ne s’agit pas ici pour moi de décliner l’action du gouvernement, comme certains se plaisent à le craindre ou à le souhaiter. C’est la tâche du Premier ministre, c’est le sens même et la force de nos institutions. Et je n’égrènerai pas ici non plus tous les secteurs, les métiers, les territoires. Que chacun sache néanmoins que ces grands principes parlent pour tous.

Le premier principe doit être la recherche d’une liberté forte. En matière économique, sociale, territoriale, culturelle, notre devoir est d’émanciper nos concitoyens. C’est-à-dire leur permettre de ne pas subir leur vie mais bien d’être en situation de la choisir. De pouvoir « faire » là où trop souvent nos règles entravent au prétexte de protéger.

Je crois à cet esprit des Lumières qui fait que notre objectif à la fin est bien l’autonomie de l’homme libre, conscient et critique.

Trop de nos concitoyens aujourd’hui se sentent encore prisonniers de leurs origines sociales, de leur condition, d’une trajectoire qu’ils subissent. Or l’enclavement, l’isolement, l’absence d’accès aux transports à toutes les formes des nécessités de ce siècle nouveau, assignent à résidence des millions de nos compatriotes.

La liberté forte que nous avons à bâtir, c’est ce combat pour toutes les mobilités, ce combat pour les accès, ce combat pour que nul de nos concitoyens ne soit exclu des voies du progrès, du droit de faire, d’essayer pour échouer peut-être ou pour réussir.

C’est le combat de la mobilité économique et sociale par le travail et par l’effort pour tous nos concitoyens, quel que soit leur quartier, leur prénom, leur origine. C’est le combat pour l’égalité pleine entre les femmes et les hommes. Ce beau combat dont notre pays a perdu il y a quelques jours, quelques jours à peine, une figure essentielle en Madame Simone VEIL.

La liberté forte, c’est la liberté de choisir sa vie. Car la liberté est ce qui réconcilie précisément la justice et l’efficacité, la possibilité de faire et l’égalité vraie. La liberté d’expérimenter, de se tromper, d’essayer encore. On n’embarque plus dans son existence pour un voyage au long cours. Nos vies sont explorations, tentatives, recherche. Sachons inventer cette liberté-là avec les nouvelles protections individuelles qui l’accompagnent, en assurant l’éducation, la formation et les sécurités utiles aux grandes étapes de la vie, précisément pour construire une existence.

C’est tout le sens des transformations économiques et sociales profondes que le gouvernement aura à conduire dans les prochains mois : libérer et protéger, permettre d’innover en construisant une place pour chacun.

Et je souhaite qu’il ne cède rien aux fausses promesses, ni à celle d’une liberté qui oublierait toutes les sécurités individuelles car à la fin elle promet le malheur. Ni la société des statuts qui au nom des règles acquises prétend protéger quand tant et tant sont au bord de la route, quand le chômage est au niveau qu’on lui connait et l’exclusion là où elle est. Vouloir la liberté forte c’est tout cela.

En ces temps de terrorisme, vouloir la liberté forte c’est aussi assurer la liberté de chacun et garantir le plein respect des libertés individuelles.

Je veux ici vous avec franchise parler de ce que trop souvent on n’ose pas nommer : le terrorisme islamiste et les moyens de le combattre.

Que devons-nous aux victimes ? Que devons-nous à nos compatriotes qui sont morts ? Que devons-nous à la France endeuillée par ces assassinats marqués du sceau de la lâcheté, de la bêtise, de l’aveuglement ? Certainement pas de nous limiter à l’esprit victimaire ou à la seule commémoration. Nous leur devons la fidélité à nous-mêmes, à nos valeurs et à nos principes. Renoncer, c’est concéder au nihilisme des assassins sa plus belle victoire.

D’un côté, je rétablirai les libertés des Français en levant l’état d’urgence à l’automne, parce que ces libertés sont la condition de l’existence d’une démocratie forte. Parce que les abandonner c’est apporter à nos adversaires une confirmation que nous devons leur refuser. De tout temps les adversaires de la démocratie ont prétendu qu’elle était faible et que si elle voulait combattre il lui faudrait bien abandonner ses grands principes. C’est exactement le contraire qui est vrai. Le code pénal tel qu’il est, les pouvoirs des magistrats tels qu’ils sont, peuvent, si le système est bien ordonné, bien organisé, nous permettre d’anéantir nos adversaires. Donner en revanche à l'administration des pouvoirs illimités sur la vie des personnes, sans aucune discrimination, n’a aucun sens, ni en termes de principes, ni en termes d’efficacité.

Mais d’un autre côté, je souhaite que le Parlement puisse voter ces dispositions nouvelles qui nous renforceront encore dans notre lutte. Elles devront viser explicitement les terroristes à l’exclusion de tous les autres Français. Elles comporteront des mesures renforcées, mais qui seront placées sous la surveillance du juge dans le respect intégral et permanent de nos exigences constitutionnelles et de nos traditions de liberté.

La démocratie n’a pas été conçue simplement pour les temps calmes. Elle vaut surtout pour les moments d’épreuve. Il est là, le chemin de l’efficacité, et c’est le même chemin que celui des valeurs. Un pays rassemblé, uni sur ses principes, une société pleinement consciente de ce qui la fonde sont invincibles. Tel est exactement le sens profond des textes que vous aurez à examiner. Ils visent à nous libérer de la peur, de l’aliénation à la volonté de nos adversaires. Nous travaillerons à prévenir tout nouvel attentat, et nous travaillerons à les réprimer, sans pitié, sans remords, sans faiblesse, avec d’autant plus de force que nous n’aurons cédé sur rien de ce qui nous constitue. J’en prends l’engagement ici devant vous, et, au-delà, devant le peuple français.

Répondre aux terroristes ce n’est pas changer notre Constitution chaque matin, ça n’est pas renoncer au principe de notre République parce que rappelons-le c’est au plus fort de la guerre d’Algérie qu’a été construite, votée cette disposition de notre Constitution qui prévoit précisément que l’autorité judiciaire est la gardienne de nos libertés. Alors montrons-nous dignes aujourd’hui de la fermeté d’âme de ceux qui nous ont précédés dans les épreuves.

Enfin, la liberté forte c’est toujours, en France, la liberté de conscience. C’est-à-dire la liberté intellectuelle, morale, spirituelle. Et de cette liberté, la France doit être l’indispensable havre. L’éducation et la culture en sont les clés. Elles sont au cœur de mon action car, en cette matière, rien n’est jamais acquis.

Les progrès de l’obscurantisme nous rappellent ainsi à l’idéal des Lumières. Et la laïcité en est l’indispensable corollaire. A ces principes et à ces ambitions, la République a su ne rien céder car ils sont la condition même de l’autonomie de nos concitoyens.

De cette culture libérale, ouverte, généreuse, nous devons refaire ensemble la singularité de la France car c’est par là que toujours elle sut rayonner. Au sein de la culture mondialisée et dont on observe la prolifération parfois inquiétante, la voix de la France et de la culture française doivent occuper une place éminente, associant tous les Français de métropole et d’outre-mer.

Mais cette liberté ne se tiendrait pas si notre deuxième principe d’action n’était de retrouver le socle de notre fraternité.

Notre peuple n’est pas formé d’un peu plus de soixante millions d’individus qui cohabiteraient. Il est indivisible, précisément parce que ce qui le tient est plus fort que de simples règles ou que des organisations, c’est un engagement, chaque jour répété qui fait que notre citoyenneté n’est jamais abstraite et froide mais qu’elle est pleine et entière que par ce lien fraternel qui nous unit et dont nous devons retrouver la vigueur.

L’un des drames de notre pays, c’est que cet engagement est tout simplement impossible pour ceux que les dysfonctionnements de nos systèmes sclérosés rejettent en permanence sur les marges.

Il nous reviendra, au cours de ce quinquennat, de prendre la vraie mesure de cette question, de redéfinir nos moyens d’actions, sans nous laisser arrêter par de vieilles habitudes, en associant l’Etat, les collectivités, les associations, les fondations, l’ensemble des Françaises et des Français engagés bien souvent bénévoles, toutes les entités qui, privées ou publiques, œuvrent à l’intérêt général et pour la dignité des personnes.

Nous devons substituer à l’idée d’aide sociale, à la charité publique, aux dispositifs parcellaires, une vraie politique de l’inclusion de tous. La représentation nationale y trouvera un enjeu, un défi, à sa mesure.

Ne vous y trompez pas, cette question est la plus profonde, la plus sérieuse qui soit, parce que notre société est aujourd’hui divisée entre les égoïsmes tentés par les sirènes de la mondialisation qui voudraient faire croire qu’on peut réussir à quelques uns, que les nomades en quelque sorte dicteraient leur loi. Et de l’autre côté les donneurs de leçons, les tenants d’une morale sans bras qui voudraient qu’on oublie toutes les contraintes du réel pour s’occuper d’une partie de la société.

Il n’y aura pas de réussite française si chacune et chacun n’y a pas sa place, si la pauvreté, pour mettre un nom sur cette réalité, si toutes celles et ceux qui vivent dans la misère, dans l’exclusion, qui sont privés de cette route Auguste que peuvent emprunter quelques uns n’ont pas aussi leur place. Et cela c’est notre devoir. Cela passera par des réformes économiques et sociales profondes que vous aurez à décider et à voter. Elles sont indispensables et elles permettront de redonner cette énergie sans laquelle notre société n’est rien.

Il faudra aussi savoir trouver ce que Georges BATAILLE appelait « notre part maudite », une place, une considération, une vraie réponse enfin.

Car en définitive, le sentiment d’appartenance existe moins qu’avant. Nos sociétés modernes ont tendance à se fractionner au gré des intérêts, des égoïsmes, des idées de chacun.

Et là encore, il nous revient, dans l’action politique, de résister aux forces de division, aux effets de dislocation qui sont à l’œuvre et qui ne sont aucunement invincibles pour peu qu’on s’en donne les moyens. L’appartenance ne se décrète pas. Aussi cette solidarité doit-elle trouver ses formes concrètes. L’école en est le premier creuset, notre université ensuite, nos familles également, notre culture, la langue, l’accès aux savoirs, l’ouverture à des possibles qui nous rassemblent forgent un peuple mais ces solidarités organiques que nous avons mésestimées, c’est aussi ce qui tient notre société et face à la crise morale et de civilisation que nous vivons, nous devons savoir forger à nouveau ces solidarités profondes et un imaginaire puissant et désirable où chacun trouvera sa place.

C’est aussi cela la réponse que nous devons apporter à ce qui corrompt la société. Je parlais tout à l’heure du terrorisme islamiste, il y a bien sûr la réponse sécuritaire mais elle ne sera rien ou elle ne sera qu’une poursuite de chaque jour si par l’éducation, la culture, la morale profonde au sens plein du terme qui doit infuser notre société, notre imaginaire collectif et nos solidarités à nouveau, nous ne nous décidons de rebâtir ce qui nous tient comme un peuple dont l’histoire est cette énergie profonde, ce qui lui a permis de relever tant et tant de drames et de ne jamais s’affaisser.

La réponse à tout ce que nous vivons, ce ne sera ni des lois ni des règlements, c’est cette dignité collective retrouvée, c’est cette volonté de faire à chaque instant, c’est cette responsabilité que chacune et chacun portent dans la société de redonner du sens, de savoir qui nous sommes, pourquoi nous sommes là. Ce qui nous tient d’avoir à chaque instant en tête la nature du défi qui est le nôtre et de ne rien céder à la lèpre de l’esprit du moment de divisions, d’accusations, c’est tout cela qui durera, ce qui nous dépasse, ce qui nous a fait, ce qui nous a forgés !

Le troisième principe d’action de notre mobilisation sera de redonner place à l’intelligence française.

Et par l’intelligence, je pense évidemment aux grandes découvertes, aux chercheurs, à nos grands physiciens, à nos grands médecins, aux inventeurs, aux innovateurs à tout ce qui fait et a fait la fierté de notre pays et qui est là encore présente forte sur tous les territoires, qu’il nous faut reconnaître, montrer, qu’il nous faut savoir célébrer trop de fois, là où nous avons préféré jalouser.

Je pense aux écrivains, aux philosophes, aux historiens, aux cinéastes, qui continuent d’apporter au monde ce regard libre des préjugés qui fait notre force ; je pense aux peintres ou aux musiciens qui remettent, au fond, la politique à sa juste place en nous faisant entrevoir un au-delà de l’existence immédiate qui rend à la condition humaine sa grandeur, sa beauté, souvent son tragique.

Redonner toute sa place à l’intelligence française, c’est aussi se refuser à toutes ces incohérences qui nous minent. Et nous n’y parviendrons qu’au prix d’un véritable effort de réflexion collective. Nous ne pouvons pas, par exemple, continuer d’affirmer hautement notre attachement aux principes de l’asile, tout en nous abstenant de réformer en profondeur un système qui, débordé de toutes parts, ne permet pas un traitement humain et juste des demandes de protection émanant d’hommes et de femmes menacés par la guerre et la persécution, ceux qu’on appelait en 1946 les combattants de la liberté.

Redonner sa place à l’intelligence française, c’est faire de notre pays le centre d’un nouveau projet humaniste pour le monde, le lieu où l’on concevra, créera une société qui retrouve ses équilibres : la production et la distribution plutôt que l’accumulation par quelques-uns, l’alimentation saine et durable, la finance équitable, le numérique au service de l’homme, la fin de l’exploitation des énergies fossiles et la réduction des émissions, pas parce que c’est à la mode, pas parce que ça ferait plaisir à quelques-uns, parce que c’est ce niveau d’ambition qui a toujours été le nôtre, parce que précisément, c’est quand le quotidien est difficile qu’il faut réconcilier tant de contraires que tout nous pousse si nous n’écoutons que les égoïsmes du quotidien, ou le court terme à ne pas faire que nous devons aller de l’avant, regarder un cap, le fixer et le porter pour le monde parce que c’est cela la vocation de la France !

La France n’est pas un pays qui se réforme, c’est faux, pardon, Monsieur le Premier ministre, de vous annoncer aujourd’hui devant le Congrès. La France est un pays qui résiste aussi longtemps qu’il est possible de ne pas réformer, un pays qui se cabre quand on lui parle mal, quand on ne lui explique pas, quand on ne le respecte pas, quand on ne parle pas à sa dignité et à son intelligence !

Mais c’est un pays qui face aux défis qui à chaque fois auraient dû l’abattre s’est profondément transformé, a su trouver en lui-même ce sens de l’histoire de l’humanité qui a fait la France.

Votre défi aujourd’hui, notre défi, c’est celui-là ! Alors, vous passerez des jours, des nuits, nous passerons sans doute des jours et des nuits dans des sujets qui font le quotidien de nos concitoyens et qui sont chacune et chacun importants. Mais à chaque fois, ce sera cet horizon et ce cap que nous devrons avoir à l’esprit.

Redonner sa place à l’intelligence française, enfin, c’est comprendre que les Français sont précisément assez intelligents pour faire leur chemin tout seuls. Ce ne sont pas les Français qu’il faudrait désintoxiquer de l’interventionnisme public, c’est l’Etat lui-même. Il faut évidemment protéger les plus faibles, dans le droit du travail en particulier. Il faut bien entendu reconnaître la part essentielle de nos services publics et de tous nos fonctionnaires qui jour et nuit sans compter leur énergie font justement cette force ! Mais protéger les plus faibles, ce n’est pas les transformer en mineurs incapables, en assistés permanents de l’Etat, de ses mécanismes de vérification et de contrôle. C’est de leur redonner, et à eux seuls, les moyens de peser efficacement sur leur destin. Tout sera fait pour rendre aux Français cette autonomie qu’on leur a disputée puis confisquée. Redonner sa place à l’intelligence française, c’est permettre à chacun, à chaque territoire de réussir, de s’engager.

J’en viens à présent au dernier principe de l’action que j’entends mener : construire la paix.

Nous le savons, ce monde dans lequel nous dessinons pour la France un chemin, à la fois neuf et fidèle à sa vocation ancienne, est un monde dangereux. Notre environnement, y compris notre environnement proche, se caractérise par l’accumulation des menaces. C’est bien l’ombre de la guerre qui, à chaque nouvelle crise, se profile. La déflagration mondiale n’est plus le spectre que brandissent les pessimistes : elle est pour les réalistes une hypothèse sérieuse. Les affirmations de puissance reviennent ou émergent. Les mouvements terroristes se développent dans de multiples régions avec des moyens qui augmentent leur capacité de nuisance. Ils sont là dans nos sociétés. Les guerres régionales atteignent des degrés nouveaux de barbarie. Les alliances d’hier s’effritent, l’ordre multilatéral doute de lui-même, les régimes autoritaires ou les démocraties « illibérales » fleurissent.

L’espace cybernétique propage et amplifie les instruments de cette guerre du tout contre tous. La dérive du monde impose son rythme erratique, ses excès en tous genres, détruisant l’homme, le déracinant, effaçant sa mémoire, bousculant son imaginaire. C’est cela le monde dans lequel aujourd’hui nous vivons ! Il ne s’agit pas de l’appréhender avec un pessimisme défait, non ! Cela nous impose des devoirs, les plus graves sans doute qu’une Nation puisse porter, celui de maintenir ouverte partout la voie de la négociation, du dialogue et de la paix face aux entreprises les plus sinistres.

La vocation de la France, sa fidélité à son histoire est de savoir construire la paix et promouvoir la dignité des personnes.

C’est pourquoi partout nous devons agir d’abord pour protéger nos intérêts et au premier chef notre sécurité. C’est ce qui m’a conduit à réaffirmer notre engagement au Sahel comme au Levant, pour lutter contre le terrorisme et contre tous les fanatismes dans notre intérêt comme dans celui des peuples concernés. Et je sais là l’engagement de nos forces armées chaque jour depuis tant de mois. Mais une telle action ne peut être efficace que si elle s’inscrit dans la durée et vise donc à construire les solutions politiques permettant la sortie de crise et donc de savoir dans toutes ces régions parler avec toutes les puissances, y compris celles qui ne partagent pas nos propres finalités ou nos propres valeurs pour trouver une issue et la construire !

Je ne vous proposerai pas dans ce cadre de nous substituer à d’autres peuples parce que nous voudrions ailleurs imposer nos principes ou nos valeurs car je ne veux pas qu’apparaissent de nouveaux Etats faillis.

Toujours la France doit respecter en même temps qu’elle lutte contre le terrorisme et tous les excès, en même temps qu’elle protège sa propre sécurité et ses valeurs, elle doit respecter la souveraineté des peuples. Mais partout où les libertés ne sont pas respectées, nous œuvrerons, à travers notre diplomatie et nos actions de développement, afin d’aider les minorités, de travailler au service des sociétés pour le respect des droits. Cela suppose un travail exigeant, parfois long et ingrat, qui impose de replacer la France au cœur du dialogue entre les nations. C’est depuis plusieurs semaines ce que je m’emploie à faire, du Mali à l’Ukraine en passant par la Syrie, en passant par le Golfe, en échangeant en profondeur avec tous les dirigeants du monde. La France doit partout contribuer à bâtir ou rebâtir des équilibres multiples, même si parfois ils demeurent fragiles.

Notre outil militaire dans ce contexte revêt une importance majeure. J’ai déjà ordonné une revue stratégique de défense et de sécurité. Avec comme fils directeurs les principes d’indépendance et d’autonomie de décision, nos armées assureront les missions que je leur ai confiées : la dissuasion, clé de voûte de notre sécurité ; la protection de nos concitoyens et de nos intérêts ; l’intervention là où le respect du droit et de la stabilité internationale sont menacés. La prévention des crises et leur résolution sera gérée de manière globale en n’oubliant jamais que seuls la stabilisation et le développement permettent de créer les conditions d’une paix durable.

Nos forces armées sont les conditions de cette capacité de dialogue, de cette crédibilité française et de cette capacité partout à construire la paix. Et cette indépendance que j’appelle de mes vœux ne veut pas dire pour autant solitude. La France sera fidèle à toutes ses alliances.

Les prochaines années seront pour nos armées celles d’un renouvellement stratégique et tactique. Je sais qu’elles y sont prêtes car elles sont aux avant-postes du monde tel qu’il va, avec cette vigilance et cet engagement qui font honneur à notre pays.

Vous le voyez, les menaces n’ont jamais été si grandes et l’ordre multilatéral est sans doute plus fragilisé qu’il ne l’a jamais été, divisé, bousculé alors que plus que jamais, elle est sans doute nécessaire.

Dans les années à venir, le rôle de la France sera de défendre la sécurité, l’égalité face aux excès, les libertés, la planète face au réchauffement climatique, tout ce qui constitue notre bien commun universel et qui aujourd’hui dans trop d’endroits est remis en cause !

Toucher du doigt le moment inédit que nous vivons. Nous nous sommes bâtis depuis le 18ème siècle sur un équilibre que nous pensions de toute éternité, entre des démocraties, des valeurs libérales, nos libertés, une économie de marché qui permettait le progrès des classes moyennes. Tout cela est aujourd’hui profondément basculé, transformé, menacé.

Des régimes autoritaires réussissent dans l’économie de marché. Des démocraties que nous croyions hier des alliés de toujours menacent l’ordre international, se mettent à douter de ses propres règles. Notre vocation, notre rôle aujourd’hui, c’est précisément, plus encore qu’hier, de les rappeler, de les porter, de les faire, de les tenir. Ce sera cela mon cap, notre cap et aucun autre.

Ce cours du monde en quelque sorte vient éprouver notre résistance et notre cohérence. C’est à titre d’exemple ce que nous vivons avec les grandes crises migratoires qui traversent aujourd’hui l’Afrique, la Méditerranée et à nouveau l’Europe. Les mois prochains, nous aurons des décisions difficiles à prendre et nous devons à la fois mieux les prévenir par une politique de sécurité et de développement ambitieuse sur toutes les zones de fragilité et de conflit. Nous devons réexpliquer et agir partout, quand il y a la guerre, quand il y a le réchauffement climatique qui déstabilisent tant de ces régions.

Mais nous devons aussi mieux endiguer ces grandes migrations par une politique de contrôle et de lutte contre les trafics de personnes. Il faut pour cela, de manière coordonnée, en Europe, mener une action efficace et humaine qui nous permette d’accueillir les réfugiés politiques qui courent un risque réel, car ce sont là nos valeurs, sans les confondre avec des migrants économiques et abandonner l’indispensable maintien de nos frontières.

Pour réussir à tenir ce cap, nous avons besoin d’une Europe plus forte et refondée. Plus que jamais, nous avons besoin de l’Europe. Or, là aussi, plus que jamais sans doute elle est affaiblie par les divisions, par le doute qui s’est installé dans notre peuple.

Pourtant, l’Europe est chez nous autant que nous sommes en Europe. Parce qu’il est impossible de penser notre destinée continentale autrement qu’au travers du projet Européen. L’Europe, l’Europe, c’est nous. C’est un projet de paix, de liberté, de progrès, qui a été pensé et agi avec courage par les générations qui nous ont précédés et avaient vécu la guerre. Nous voudrions aujourd’hui oublier tout cela ! Considérer que face aux divisions, face au Brexit et à tant de soubresauts de l’Histoire, la réponse serait dans une diminution encore supplémentaire, dans une forme d’abandon, dans un bégaiement de l’Histoire.

Négliger l’Europe, s’habituer à la concilier, à en faire le coupable de tous nos maux, c’est trahir ces générations qui nous ont précédés. C’est trahir ce qui fait qu’aujourd’hui, là où nous sommes, nous pouvons librement débattre de l’Europe, pour l’aimer ou pas.

Mais négliger l’Europe, s’habituer à n’en faire qu’un objet de négociation technique, c’est aussi en quelque sorte abdiquer notre Histoire et diminuer la France.

La construction européenne est aujourd’hui également – il faut bien le dire et le voir – fragilisée par la prolifération bureaucratique, par le scepticisme croissant qui en découle.

Je crois fermement à l’Europe. Mais je ne trouve pas toujours ce scepticisme injustifié. C’est pourquoi je vous propose de reprendre de la hauteur, de sortir de la tyrannie des agendas et des calendriers, des méandres de la technique.

La décennie qui vient de s’achever a été pour l’Europe une décennie cruelle. Nous avons géré des crises. Mais nous avons perdu le cap. C’est pourquoi, il revient à une génération nouvelle de dirigeants de reprendre l’idée européenne à son origine, qui est politique dans son essence, une association volontaire réaliste et ambitieuse d’Etats décidés à faire prévaloir des politiques utiles en matière de circulation des personnes et des biens et notamment de la jeunesse, en matière de sécurité, en matière monétaire et fiscal, mais aussi en matière politique, culturelle.

Les pays de l’Europe, pour lesquels celle-ci ne se réduit pas au marché, mais dessine un espace ou une certaine idée de la valeur de l’Homme, de l’exigence de justice sociale sont reconnus comme prééminents. Ces Etats-là, ces pays doivent se ressaisir d’un projet décisif et s’organiser en conséquence. Fût-ce au prix d’un examen sans complaisance de notre fonctionnement actuel.

Nous avons une tâche au quotidien à mener, humblement. Je l’ai commencé, grâce au mandat du peuple, d’avoir une Europe qui protège davantage, de procéder aux réformes indispensables, de porter l’ambition européenne dans de nombreux sujets qui font notre quotidien. Mais cela ne suffira pas. Il revient à la France de prendre l’initiative et je souhaite le faire, dans les prochains mois, grâce et par le travail étroit que j’ai d’ores et déjà engagé, en particulier avec la Chancelière d’Allemagne.

D’ici la fin de l’année, sur ces bases, partout en Europe, nous lancerons des conventions démocratiques pour refonder l’Europe justement sur ce projet politique premier, sur cette ambition première qui unit les Hommes. Libre à chacun ensuite d’y souscrire ou non.

Mais le temps n’est plus aux raccommodages. Il faut reprendre l’Europe à son début, si je puis dire, à son origine même, et faire par là revivre le désir d’Europe, en ne laissant pas le monopole du peuple et des idées aux démagogues ou aux extrémistes, en ne faisant pas de l’Europe non plus un syndic de gestion de crises qui cherche chaque jour à allonger son règlement intérieur, parce que les voisins ne se font plus confiance.

Nous devons retrouver le souffle premier de l’engagement européen. Cette certitude où furent les visionnaires des siècles passés et les pères fondateurs de l’Europe, que la plus belle part de nos histoires, de nos cultures s’exprimerait justement, non dans la rivalité, encore moins dans la guerre, mais dans l’union des forces. Non dans l’hégémonie de l’un ou l’autre, mais dans un équilibre respectueux qui nous fera toutes et tous réussir.

C’est cette Union dont notre temps a besoin. Parce que c’est cette Union seule qui permettra de relever les défis de la modernité. Parce que c’est bien dans cette Europe que nous partageons une vision commune du monde et de l’homme, une vision trempée aux mêmes sources, forgée par les mêmes épreuves de l’Histoire.

Ces défis sont la transition écologique, qui refonde le rapport de l’homme et de la nature ; la transition numérique qui réécrit les règles sociales et nous oblige à réinventer ce droit continental où depuis tant de siècles, nous avons voulu que la norme respecte l’Homme.

C’est enfin le défi de l’Humanisme contemporain face aux dangers du fanatisme, du terrorisme, de la guerre, auquel nous répondrons par une Défense plus européenne en cours d’édification, mais aussi par une Europe de la culture et de l’innovation.

La paix n’est pas seulement le socle de l’Europe. Elle en est en l’idéal, toujours à promouvoir et seule l’Europe et la France en Europe aujourd’hui peuvent y parvenir.

Alors, oui, nous romprons avec les facilités que nous nous étions données au cours des années précédentes, pour être à la hauteur de ce que le moment exige de nous. Fernand BRAUDEL le disait : « L’Europe ne sera pas, si elle ne s’appuie sur ses vieilles forces qui l’ont faite, qui la travaillent encore profondément, d’un mot, si l’on néglige tous ses humanismes vivants. » Ne les négligeons plus.

Mesdames et Messieurs les Parlementaires,

Nous connaissons à présent l’enthousiasme des commencements, mais la gravité des circonstances nous empêche d’en ressentir aucune ivresse. Le terrorisme n’a pas désarmé. La construction européenne est en crise. Nos équilibres financiers sont dégradés, notre dette considérable. L’investissement productif encore faible et le chômage toujours insupportable. La dureté de la vie est là pour tant et tant de nos concitoyens.

Mais le peuple français nous a fait connaitre ses volontés, et nous en serons les serviteurs.

Il y aura de l’imprévu, des oppositions, des moments difficiles, mais nous ne laisserons pas un instant tous ces aléas nous décourager.

Devant chaque difficulté, au lieu de baisser les bras, nous en reviendrons à l’essentiel et nous y puiserons une énergie plus grande encore. J’y suis prêt. Je suis sûr que vous l’êtes aussi. Car par notre engagement les Françaises et les Français retrouvent leur fierté. Parce que nul ici n’a intérêt collectivement à ce que la France échoue ou n’avance suffisamment vite.

Le peuple français ne nous demande pas seulement de l’efficacité. L’efficacité c’est un instrument ! Et puis on peut être tout à fait efficace au service d’une mauvaise cause. Non, il nous demande ce que la philosophe Simone VEIL appelait l’effectivité. C’est-à-dire l’application concrète, tangible, visible des principes qui nous guident. Le refus d’être pris en défaut, et de clamer des principes dont nous ne poursuivons pas sans relâche l’application.

Le principe d’effectivité, c’est pour vous, pour moi, pour le gouvernement, de ne jamais cesser de se demander si nous sommes en pratique fidèles à nos principes, c’est-à-dire d’abord à la liberté, l’égalité, la fraternité.

Ce que nous avons à accomplir c’est une véritable révolution. Nous sommes ici, vous et moi pour renouer avec ce courage français qui ne se laisse pas distraire par ceux qui n’ayant su aller nulle part sont en quelque sorte revenus de tout.

Nous devons à chaque instant être à la hauteur de cet espoir français par l’engagement de tous. Car ne vous y trompez pas les forces adverses continuent d’être puissantes, non pas tant au Parlement où les oppositions légitimes s’expriment, non pas dans la rue, tout simplement dans les têtes.

En chacun de nous il y a un cynique qui sommeille. Et c'est en chacun de nous qu'il faut le faire taire, jour après jour en lui rappelant sans cesse le devoir qui est le nôtre, en lui rappelant sans cesse le moment que traverse notre pays. Et cela se verra. Alors nous serons crus. Alors nous rendrons le service que le peuple français attend de nous avec humilité. Alors nous resterons fidèles à cette promesse de nos commencements, cette promesse que nous tiendrons parce qu'elle est la plus grande, la plus belle qui soit : faire à l'homme, enfin, un pays digne de lui.

Vive la République ; vive la France.

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